mardi 13 juillet 2021

AF9455 - 14 juillet : perdues pour perdues

Revoir ? Avec compulsion revoir
contempler l'existant qu'est là comme un bâillement
puant de poussière et de vécu
couleurs, sons, faut que rien ne persiste comme à l'image. Retoquer, virer, ripoliner. Rien laisser pareil, tout différent ! Un à un, j'vire ces filtres qui me séparent de la prochaine réalité. Epiderme, cuticule, ami enfoui, idée perdue. Un jour retrouver éclat, vitesse, tonus. Enterrer ces idées, oublier la fatigue, frapper, encore, toujours, jusqu'à la sonnerie du dernier round, du prochain dur dans l'aérogare

Essayer, au moins
de l'entendre. Cette sonnerie perdue, combien précieuse. Où, la petite musique ? Ce rien qui persiste est pire que le silence. 

Il reste si peu de toi. Une trace de jouissance séchée. 
Rien. Le pfuiit de la mémoire !  
Une boîte. Bientôt des cendres. Si peu. Mais le souvenir. 

Todo ese sexo limpio y puro como el amor
entre el mundo y sí mismo   Ese culear con
todo lo hermosamente penetrable   Ese metérselo
hasta a una mata de plátano   Lo hace a uno
Gran culeador del universo todo culeado
Recordando a Walt Whitman

Hasta que termina uno por dárselo a otro varón
Por amor   Uno que lo tiene más chiquito que el palomo

Tout au protocole ! A l'hygiène. 
Tous quelconques. Tout doit filer. 
Des fils auxquels se raccrocher, se perdre. Univers de possibles, tellement restreints, si formidables. Ses limites le font intime - son manque de saveur, impersonnel. L'absence d'émulation (gustative, sexuelle), incroyable ! 


C'est au moins l'occasion d'un bilan. Un bilan, you know ?  Ce truc qui insignifiait tant. Pour toi. Le même toi qui désormais semble si bien laisser glisser essence et rebus. 
Changerait-il, animal ? Où va l'homme qui se perd, lorsqu'il n'a plus où s'enfuir ? Personne à craindre, de lieu à éviter sinon le droite devant, l'inéluctable blanc. Page suivante, fin du livre, point final  ? Le présent manque de biais, seules perspectives. J'espère un peu. Ne désespère pas encore... 

Avec des pincettes
toutes petites, toutes petites
saisir le sens profond, la petite fratrie
petites fesses charnues dodues
perdre l'image, retrouver son reflet
quatre ans sans voir rien
ces rides et dents jaunies m'ont bien manqué, rien !
garder le cap les yeux fermés, aussi longtemps ?
quatre années de fourvoie : c'est une chance

Deux soeurs sont là
Soeurs sont celles-là
Forment-elles partie du rite ? Maintenant tout enchevêtrement doit être démêlé. Suivre. Toute action annihilée d'un geste contraire, d'un symbole en creux. Continuer. Un silence à chacune. Perdre. Une trahison pour toutes !

Fefesses à prendre, regoûter, encore, oublier, jamais. 
Jolis petits cons à l'affut. Viens, venez : soyons là, toi, moi, dessus, dessous - indicible festival. 

Autant de mots perdus. Mots pour plus personne, dont l'absence ne déçoit ni n'obsède. Petits silences mal imprimés... Remords persistants de l'histoire que je me refuse à écrire. 

mardi 18 mai 2021

AF1427 - 19 mai : échappée sanitaire

Avoir une idée là, où : aucune.
Caler un voyage sans vrai retour, dans cette année sans début ni fin, juste interminablement sanitaire, laborieuse et prohibitionniste, qui ne prend plus la peine de promettre, hausse seulement les épaules, dépitée d'elle-même...


Les règles ont changé.
Il faut désormais 'PDF creator' et un bel exemplaire de test virologique périmé.
Il faut CTRL+E, modifier le texte, mettre là une date cohérente avec le récit mensonger, l'idée qu'on se fait du voyage, quelle provenance exotique, quel motif impérieux : être en règle. 



Puis au non-retour, voilà le même accueil mauvais. La ville amère se préparer une nouvelle tentative cependant. Frétille un peu de se croire toujours éternelle. Elle que j'ai vu exsangue, cadavérique ? Faire ce pari, croire encore ?


Infidèle parce que, je refais vite un sac.
Le départ me brûle, je ne tarderai pas.
Au nom du retour, cependant, revenir de tout ! Croire en toi ! Je sens que persiste indemne le cœur de la cité. Bientôt la même passion, bientôt les même retours ?

Retrouver la ville, refaire de l'encre
19 mai : nous voilà. Il y a le ciel, il y a l'air.
Allons droit et loin sur ce même axe
celui-ci ou le prochain
voir aucun, dire nulle part
laisser aller ce qui se doit, sans intervenir :
ville homme femme et ces regards
il y a la fesse, la main, le geste
et de petits débris partout constellant le paysage
comme un verre cassé en surimpression de tout quotidien
on guérira - j'en suis sûr désormais

mardi 2 mars 2021

QR149, QR39 - 3 mars : jusqu'à plus soif

Il suffit de peu. Quelques semaines en mer. 
Après macération, un drôle de sirop précipite dans le cœur des hommes. S'il sont correctement sevrés, l'organisme désintoxiqué, balancé de bord à bord, est vite atteint de petite folie...   

Bière
Lumière. Conscience.
Le plafond blanc au dessus de ce lit ne rappelle en rien la carlingue d'un avion. Aucun bruit de turbine ! Et ces draps ? La chambre est familière : je reprends mes esprits dans un lit de l'hôtel Presidente. A ce retour, pas de retour ! Ça aura coincé quelque part. 
Doucement descendre une main sous les draps. Recompter en respirant calmement : deux jambes, deux bras, une céphalée impossible. Le passeport et l'argent, on verra plus tard. Mais, cette céphalée ?
Le désordre et l'odeur laissent envisager le pire. 

Cachaça
On évoquait l'affaire depuis des semaines, chacun abondant d'un fragment, d'une envie : grandissante. Fantasme alcoolique, plus belle liqueur, souvenirs d'ivresse... Le manque incitait l'équipage à se confondre en récits gourmands.  
Quentin n'était jamais en retard d'une aventure dans son pub du pied de la colline. Jacques disait l'errance hallucinée des groupes de plongeurs égarés dans les bars. Avec Simon on partageait plus simplement des souvenirs de zinc plus ou moins éprouvants. 
Arrive ce jour. Le premier pas nous débarque du navire, c'est le plus important. A ce moment aucun de nous n'avait encore son billet de long courrier. Bateau, bus, avion : cinq heures plus tard nous étions rendus en capitale, toujours aussi assoiffés. 

Rhum
Un van nous a chargé, direction incertaine, mais quelle importance ? Nous avions touché terre.  
Comme il traînait un peu au démarrage, on a couru toper des canettes au vendeur le plus proche : voilà comment ça a commencé. 
L'agent de transit nous a échoués un peu plus loin, un quelconque bar d'hôtel. Alors de plus imposants flacons sont venus danser sur la table. Ce furent pintes et pintes, en comptant d'autant moins qu'on ne comptait déjà plus bien. Puis la caïpirinha dont le goût nous a semblé trop faible : double dose!, qu'on a dit. A peine plus tard un instantané de groupe nous montre brandissant une bouteille de rhum, subtile transition ? 
C'est vers ce moment là qu'est tombée la nouvelle : nous volions le soir même. Alors sans plus faire semblant, on a rempilé, encore, encore. Le reste est flou. 
- Ecran noir - 
Damien a repris conscience dans les corridors de l'hôtel. Simon s'est réveillé dans l'avion. Et moi, moi qui était le plus fier... 

Les vapeurs de rhum ont tout emporté 
Il ne reste que la pesanteur du corps
Pierre, il n'y a ni paix ni bonheur, que des calomniateurs.
Il reste cependant le tumulte et les tentatives et parfois même,
de cet étrange chaos, surgit de la beauté.

jeudi 24 septembre 2020

ET925, ET704 - 24 septembre : nouvelle ère

Not nit not nit no not
Nit nit folly bololey
Alifi my larder

Chères épaves

La belle année du renouveau ! Toute en dissemblance, où rebattues cartes et coutumes, on ne retrouve plus ni petits ni grands. Sont-ce les mots, ou les prétextes à vociférer qui d'abord vinrent à manquer ?
Pas même le plus petit. Bien confiné, là. Dans l'hexagone, centre - la ville, milieu - les murs, quatre : on n'attend plus même l'inspiration. 
L’année s’écoule. 

Nul grand mouvement, aucune folle nouvelle. 
Alors hommes comme bicyclettes, doucement s’étiolent. Il n’y a plus d’échappée. A vos marques… Prêts… Fixez ! Mécanique de la quiétude, plus une idée ne bouge. Tout tient là, figé jusqu’à l’effondrement.
Un temps. Deux temps… Sans trop barguigner l’oxyde savoure bientôt les carcasses. Un filet d’idée percole doucement les esprits, les corps. La boulangère parle de maladie, de mort. Une file immense se forme devant la boucherie.

Restait encore ici et là un vestige d’intention dans le geste. 
Puis l’étreinte, aussi. Un fol espoir voulait que nouveau jeu du rapport social, abolition, révolution ?
Mais rien n’advint. 
Il y eu bien quelques fêtes, puis plus rien.  

Dans ce rien qui nous échoit, les frontières ne sont plus même pour décorer. Le contrôleur nulle part à surprendre. 
Pis encore : ce beau douanier, regard éteint, traînant sa mélancolie dans le silence des gares. Il fallait bien un an pour rompre la dynamique, finir sur l’ère, puis enfin : arrêter. Ne manque plus que quelques parachèvements, adieux, séparations, petite lessive. 
Tout sera bientôt prêt pour clore le banc !

Femme-valise

Formidable confusion du renouveau
Que reste-t-il ? S'il manquait un prétexte, les Personnel Logistics Coordinators le balaient d'un revers : Paris - Madrid - Las Palmas -Malabo - Addis Abeba, Paris. Ce qui vint à manquer alors ? 
 
I’m not your larder,
Jammy jars and mustard.
I’m not your dinner,
You soppy old custard.

Un jour tu reviendras mais je ne serai plus là.
Ni moi, ni toi, ni plus rien de nos désirs, de nos idées. Le soleil même, pis les passants : pas mieux. Toute lumière abolie. Un retour comme frappé deux fois, qui sera aussi départ, disparition… Bonjour les repères, nul repère ! Je n’ai jamais été ton cellier, moins encore cette créature poétique fantasmée [elle crache].

Avoue qu’être une chose, dire son contraire
Avoue que dire l’inverse, penser tout
Amertume, douce amie, très ancien sentiment... Double départ, donc, celui qui promet bel horizon et garanti l’inflexion, point de rupture d’avec l’habitude, ce commun mal acquis

La valise bien pliée ne prend plus aucune place dans l’existence, devient bientôt un vide que ni les mots, ni les prétextes ne parviendront à combler. 
A ce retour, nul commun ! 

dimanche 8 mars 2020

AF705 - 8 mars : premiers symptômes

Mankono
Tu viendras à Mankono, petit bonhomme. Plus grand que toi y a ravi sa vie, futé voleur qui s’en défend. Plus grande que toi est restée là, en déshérence d'un petit abandon coupable. Te concernant, néant : tout reste à définir.  
Au Placali-café, chez Omonon Bete, tu prendras le poisson grillé. Inutile de t’y attarder ou d’y revenir. C'est là juste une étape nécessaire au récit. Un marqueur de présence. Un porteur pour la fièvre. Une carne qui magnifiera le symbole…

De lointaines racines sont éparpillées là, petites fleurs blanches, richesse de la nation. De plus petites encore, petites comme des souvenirs, petites comme des ombres, feront travail de galerie dans ce symbole. A toi les fièvres. Rêves de vieux chromos familiaux, crampes d’estomac. Mankono est un corps qui souffre.


Marc
A ce moment ce n’était encore qu’une grippe chinoise. Le monde continuait rond son petit délire de chemin. Hommes. Navires. Tout ça. Rond. Sans anicroche. 

J’ai embarqué pour une mission de plus, un départ de mieux. Volé depuis Bali la belle, revoir ces vieux rivages. Nous échoit la mission la plus absurde, couper, détruire, jeter par le fond. Sans oraison funèbre, abattre le dispendieux travail de nos prédécesseurs. Du bucheronnage. 
Camarades bucherons et moi : à nos pinces ! 

La première a implosé, signe précurseur du tout ? 
Petit grincement d’un grand claquement à venir ? 
Pour la deuxième tentative nous emploierons un disque au tungstène de trois cent cinquante-cinq millimètres. L’idée me transperce que ce disque en mouvement ne nous sauvera pas du naufrage. Je rentrerai bientôt. Pourquoi bientôt ? Auprès de cette femme. Pourquoi celle-là, peut-être une autre. Ou aucune ? Alors que j’observe les opérations sous-marines sur les écrans de contrôle, une part de doute surgit et enfle. « Rupture imminente », me souffle l’opérateur… 


BE805
Moi et les coques de ma classe, fringantes ambassadrices du siècle mondialisé, allons massives, nombreuses, éparpillées sur tous les rivages. Après avoir échoué dans la vanille et le rhum, la machine industrielle a abandonné nos carcasses ici et là.
Dans la baie d’Abidjan les Bourbons s’alignent, coque contre coque. Certain à l’échouage, d’autres au mouillage. On m’a sorti de cette mauvaise léthargie sans grosse promesse. Un petit coup de graisse, léger trait de peinture : retour sur étagère. 
Il reste assez d’acier sous la rouille pour cette mission. Allons cajoler les grands fonds… Full ahead ! 


Directeur
Au beau milieu du grand continent noir, la CIDT cueille cette précieuse fleur pour la magnifier sur chaque corps, dans toutes les couleurs du monde.  

Mon père avant moi, et le père de mon père, ont donné à l’absurde génie des fleurs. Certains doigts de mon cousin sont partis teinter de carmin le fruit de notre terre. Son sang persiste sans doute dans la trame d’une étoffe loin perdue au bout du monde. Mon peuple et ma tribu surnagent dans ce flot bariolé où cycle des saisons, abondante fleur blanche et pouvoir des esprits se transforment en nippe.

Au milieu de toute cette magie, comme la fin de la récolte approche, un autre symbole m’a parlé. Son souffle a dit : je viens pour la mémoire. Comme moi sa parentèle est liée à la fleur. Son image s’est révélée sur le blanc vif du ciel. 
Alors le vieux gardien a regardé cette âme. C’était un blanc habillé de coton beige. Chemise simple, tâches et poussière. Trainant manifestement fièvre et diarrhées. Dans le reflet de son œil bouclait un cercle. Il est reparti avec nos images
    et l’ombre de Mankono

samedi 14 décembre 2019

AF719 - 14 décembre : moins, jamais, beaucoup

Arrive le moment de reprendre toutes les notes, c'est à dire : rien
Ouvrir le carnet. Refermer le carnet. Rien !
Les quelques vestiges, anciens tickets, ne veulent plus trop dire, 
rien raconter :
signifiant pas mieux que signifié, rendus au néant

Dakar
Arrivées, retours, j'en connais mille. 
Dans ces rues bruissent bonheurs et catastrophes des voyageurs mal avisés. Celui-là pas mieux pas pire, mélangeait pénard excès de soleil et de bière. Je serais lui... Mais je ne suis pas. Ne devrais pas même l'exprimer, dans le sens commun. 
Celui-là cependant. Fin saoul de soleil et du reste, se lève. Semblant qu'il fait de suivre une déesse. Ou non, un sentier ? De chercher, un taxi ? Le voilà quittant mon giron urbain. 
Mais la ville. Traverser la ville, un soir de semaine, ah. Que voilà une idée bien finaude. Mec secoué dans taxi filant. Pas même le sous vaillant, à peine de quoi régler la course, qui enfin méritait ce nom de course : à l'arrachée. En retard de bout en bout. 


Thierry
On a attrapé deux vélo de location et sommes partis en goguette sans idée bien conçue. D'abord en ville, puis un peu loin, vers la base militaire, on a suivi cette longue avenue. Il faisait chaud à souhait. Plus un poil de sec.
Nous sommes passés nous rafraichir chez l'ami Olivier qui émergeait à peine. Bière, whisky ? 
Quelques bien tassés plus tard avons continué pleine balle dans l'incertain, sans carte ni compas, de route en chemin, de chemin en sentier, puis parfois dans le bel inconnu et l'azimut brutal. Plus un zigue alentour. Nous guettions le lion, le crocodile par nos pneus alléchés. Après de belles impasses, routes inondés, passages à guet : le chemin s'est fermé. 
Une heure dans les acacias lardant nos chairs sans grande délicatesse. Un roman. Aux épaules, sur les bras, les mains - du sang un peu partout. Mais le pire est advenu un peu plus loin. Lorsque les vélos ont fait 'bast' et planté là, on a vite compris la bêtise. Quatre pneus plats plus loin nous poussions encore. Après avoir renoncé à toute réparation dans le premier village, c'est bien rompus qu'on s'est jeté dans une gargote. De là un retour bien plus piteux qu'épique nous a laissé : rompus. Brûlants. Bien secs. 
Pas le moindre, pas le pire, petit souvenir à garder là, que deviens-tu, petit souvenir ?


Le chœur des chats
Sur l’île de Gorée nous régnons sans partage. 
Le rôle du poisson et la place de l’humain sont cependant respectés. Nous ne négligeons jamais un massacre, ni aucune caresse. Pour autant notre société n’est pas exempte de dissension. Nous affubler de chœur est simpliste, pour le moins. 
John K a encore balafré une petite du clan de la crique aux crevettes hier. On envisage chaque fois de l’excommunier, mais insularité oblige nos frontières font eau de toute part – ce serait sa fin ! 
Le mec sur la photo est bien passé par là, je confirme. Réglo, détendu, mais pas généreux à l’extrême. Les villageois du coin nous gâtent autrement mieux avec leurs seaux de déchet. Lui n’était là que pour se perdre, puis après quelques jours il a semblé comme touché par le sens. A disparu aussitôt. Bonne chance, miaow.   


Bertrand
S'occuper. De soi. Des siens. De son image. De son chien ! Je ne suis pas tout à fait. Ni misanthrope, ni alcoolique. Il s'agit juste d'un rapport. Réajusté : au monde. Ce bonhomme et son voyage, ne sont qu’un bonhomme et un voyage. Je vais reprendre une caïpirinha, vous voulez quoi ?

samedi 9 novembre 2019

UX1007 - 9 novembre : fiestas lejanas

Si on prend une page blanche
Pure et blanche : voilà
Un jour tu reviendras, je serais partie
Un jour tu reviendras, je ne serai plus là
Tu reviendras toujours, moi jamais, plus jamais

Madrid
C'est un mec qu'on avait plus revu depuis un paquet d'années; je ne me souviens plus trop de ce qu'il foutait là. Des tours, et de tout. Puis de moins en moins. Entre saouleries et visites à l'arrachée. Il était plus souvent dans un bled du nord. Se le decia : "gabacho borracho", pauvre bonhomme. 
Il a bien connu ça et là, mais dans mon cœur rien qui persiste - rien n'y persiste jamais longtemps. 
Désormais on mange les tapas à table. Tu peux dormir les poches ouvertes à Dos de Mayo. Et Anton Martin est devenu chulo à souhait ! C'est un peu du passé, je n'ai rien d'autre à dire. 

Arantxa
Je fais ma vie pépouze dans la ville que j'aime. Un peu de galère, beaucoup de plaisir, et tout en Castillan : que buena vida ! Ce n'est bien évidemment pas la vie de palais non plus, j'essayais de lui expliquer ça au petit frenchute, tu peux pas débarquer ainsi même si je t'y avais invité, ehe. Pas si simple. La colloc revient bientôt et je jure que t'es pas son genre. Ca fonctionnera moyen, voire en fait : pas du tout, si tu veux mon avis. 
En fait, c'est mieux si tu te casses, quoi. 
Allons à cette fête, prenons trois cafés. 
Puis la ville est grande. Tu as à faire. On se reverra. 


Carine
On devait juste boire une bière, c'est idiot. Puis me voilà en train de l'embrasser. Quelle heure peut-il être ? Si encore c'était un grand soir, mais non. J'en connais plein moi des bars furieux où continuer, avec plaisir continuer, laisser filer la nuit. Mais vu la lumière allumé là-haut, je me vois mal débarquer devant le colloc, coucou c'est nous, nouvel amant, ancien modèle, enfin, je t'expliquerai. Pas grave, on se refera. Je lui dis pas. Il le devine, dejà s'enfuit, ou s'en fout, déjà loin...  

Valencia
Petit bonhomme par la gare arrivé. Prends tout droit sur Marques de Sotelo, file un peu dans les petites puis vaguement à l'ouest : tu tomberas sur le Mercado Central. Tous tes frérots étrangers sont entassés là, impossible de te tromper. Tu seras bien. 
Contre toute attente ce pingre a été se jeter vers Russafa et va dîner à Benimàmet. Ainsi des cons, et des surprises. C'était pourtant tout droit ou presque, hein. Mais il avait l'air content. Et le soleil, le ciel, pareil : ça, c'est offert dans la prestation de base. Passé ce niveau d'imbécilité, moi, j'abandonne ! 

Adèle
On ne me fera pas dire que je regrette. Rien ! Rarement grand chose, de manière générale. Mais là ni les vaches de courbatures, ni les bleus, ni cette fatigue insensée. Le truc est passé là comme un violent coup de mer, j'étais saoule, puis trempée, c'est peu dire. Alors on a secoué la maison sur ses fondations. 
Ce n'était évidemment pas sa défloraison, mais vache, quand même... Vache de nuit. J'en ai souri encore quelques jours. Surtout que le saligaud a filé comme ça, point final. 

mercredi 9 octobre 2019

TO83081 - 9 octobre : biclous

Esmeralda en question.
Toujours en question.
Question d'échappée, devoir de départ.

En mentant un peu et en buvant beaucoup, on peut réussir de fort jolis voyages. S'échapper du quotidien, oublier ses soucis. Qui n'en veut ? Acheter quelques souvenirs, même.
Pourquoi pas rédiger une carte à sa maman : meilleurs effet.
Le voyage : promesse si facile.
Famille comblée.


Moyennant quelques suppléments, l'excursion peut devenir vertueuse ou ethnique, voire écologique. Certains parviennent même à y déterrer un vestige d'activité sexuelle - nec plus ultra du package. Alors tu rentres comblé et vibrionnant de plaisir, avec un numéro en poche qui survivra à quelques échanges polis...

Loin de cet idéal je filais un jour puis revins. Empli de la même obsession.
Du fond de ce désert, même engoncé d'ivresse, je voyais encore tourner mille roues. Briller plein feu mon obsédant mirage. Toutes les dynamos du monde semblaient décharger dans les mêmes synapses. Il n'y avait pas jusqu'aux rêves qui ne soient dénués de biclous.
Brièvement freinés au départ, les vélos reprirent leur folle course après quelques jours. Ceux qui ne polluaient pas ma vision résonnaient au moins d'un entêtant tintement. Au pinacle des songes, leurs cadres acier ou aluminium se faisaient tendres et tièdes...



Arrive ce moment.
L'esprit cristallise !
Pour certains c'est l’acmé, pur plaisir, sommet d'une montagne, ou tournant d'une partition. Mon épiphanie m'a renversé sans préavis; je continue depuis pleine gomme et roue libre. Des bicyclettes s'entassent dans la carte mémoire de mon téléphone, aux différents coins des rues et plein ma cave. Le trousseau que je trimbale devient si massif que je ne sais plus trop laquelle pourquoi, craignant juste qu'atteignant une masse critique il ne prenne vie autonome et parte sans ma poche.
Difficile alors de savoir si les rêve ont rempli cette cave, ou si c'est la cave bondée qui a fini par déborder mon imaginaire. Je pressens que des millions de neurones se sont spécialisés là-haut pour identifier la forme des clous et de leurs dérisoires accroches. La disqueuse me démange. Je la voudrais en main, tournant pleine balle ses 4000.

Je n'ai pas osé m'ouvrir de ce biais à mes compagnons.
Ils semblaient tous avoir d'autres chats, atteindre une saine et commune satiété par le sport. Les rejoignais chaque matin avec le déguisement pour quelques allers/retours sur le désert. Notre  beau terrain de jeu.   

jeudi 19 septembre 2019

AF641 - 19 septembre : what is the next step

Une recette. Une idée. Une cachette.
Partir ou rester, ce n'est plus vraiment la question. Il convient juste de bien disparaître.
Le premier tourbillon. Une quelconque montagne ? Ou un avion, bien sûr !

Tourbillon
En saisit-on jamais la genèse ? Le voyage est absent : d'abord car non-sujet du départ, ensuite bien tut par l'absence de récit. Inconnu de facteur deux, fil rompu dès avant la pelote.
D'où procède l'inconnu ? D'un fascicule d'agence de voyage, boulevard de l'Opéra, peut-être. Ou du recoin d'un songe. D'une réclame télévisée ? Il convient de ne pas chercher. Rien savoir.
A la prochaine insulte, avions-nous convenu : l'inconnu ! Tourbillon, montagne, avion.

Inconnu sans équation, sans diagramme, sans résultat, il m'est loisible de composer pour vous un récit à la demande. Y avait-il voitures rutilantes, ors, sexes offerts ? Il y avait, il y avait. Raison quelconque ? Idée sous-jacente ? Plein paniers, pardi. Moult !
Ou je l'aurais rêvé ? 


Montagne
Je revois, à l'envie, une ville très haute, entourée de collines et montagnes plus hautes encore. Les avions y tombent en piqué pour atteindre le bout de piste. Les autocars y meuglent à l'assaut de rues presque verticales. Là, tout un peuple de mollets tendus, muscles saillants, vit sagement dans les délires de l'altitude.

Ils vont sans cesse à l'attaque des flancs de la ville. Ne boivent qu'à peine, rendus déjà ivres par l'anoxie. Se bagarrent pour nul idéal. Sages, à toute sagesse accomplie.
Diront de moi que je fus bon touriste.
Témoigneront, si on insiste : il était bon, fit quelques images, commentaires flatteurs.

Les voyant si raisonnable, je les crus un peu demeurés. Pour ma part j'ai tenté l'assaut des monts alentours, oublieux de toute liste. Mais très vite fracassé sous un sommet inatteignable, suis redescendu, piteusement. Ai retenté une image. Un quelconque commentaire.


Avion
Puis animal est rentré.
Serait-ce un autre mensonge ? Où est animal ?
Animal consensuel, je prétends que je prétends.
Ai toujours prétendu. Évité la question. L'évitant, y suis retourné, toujours. Les mots ne vous font jamais cette atroce chatouille d'intrication ? Ne font-ils pas en leur cœur l'aveu du plus parfait vide ontologique ? Se révèlent comme tout homme, belle façade de carton, sourire constant ?
  
Non, animal n'est toujours pas rentré. Bis repetita. Une fois de plus pas vraiment parti, toujours autant absent que présent au monde. 
Comme cet homme-carton : tout dépend si vous le rangez à plat, ou sur le flanc.

A ce jeu pas une photo, aucun récit qui subsiste.
Ne reste que l'exercice : partir, rentrer, aligner des mots enroulés sur eux-mêmes. Bien secouer tout ça et laisser l'oubli y faire de petites galeries jolies jolies.
J'ai rêvé souvent à tous ces mots qui me rêveraient. Ou diraient le rêve. Tairaient toujours, c'est l'essentiel, l'inavouable cachette...

jeudi 4 juillet 2019

AF1761 - 4 juillet : là-haut

Pire touriste, je demande à mon estomac : oui ? Grouick, il fait.
A mes jambes : bien ? Grince, disent-elles.
Le corps même n'y est plus, tu le crois ?

A force de promesses un consensus se dessine cependant : encore cinq mètres, puis on arrête. Si, si. Alors, comme exprès, la montagne se cabre, la pente raidit en pire que pire. C'est presque un looping qu'elle voudrait me voir faire.
Comme une main, d'abord, défaille, c'est bientôt tout le bonhomme qui dévisse. Première chute. Cul par dessous tête, cependant, juste le temps de prendre peur. Bientôt la deuxième. Puis quatre, huit, dix ! Chacun de mes choix d'échappée ou de retour s'avère malheureux.


C'est une montagne bien raide, j'oubliais de dire. De ces montagnes qui font wizz tout droit du fond au sommet, aux pics, aux glaces. Sans répit. 

Là, attaquant le raidillon herbeux d'un col je réalise à mi-pente être en presque-escalade, usant genoux et hanches, sous une averse de grêle. Est-ce bon ? C'est pas bon. Alors je redescends, chutant et glissant à qui mieux mieux.

Une liste s'impose.
Récapitulant, je clame les étapes à tue-tête :
1 - le col
2 - le camps
3 - la descente
4 - la forêt
5 - le pont !
Puis tente une fois de plus de prendre la pente. Oh ! Délice ! Le UN, bientôt le DEUX se laissent vaincre. Descendant comme un damné la cascade prise à l'aller : je tombe à nouveau. Face en avant !
...Enfin arrive le pont : 5. Je crie : CINQ !
Et engage une série de promesses sur mes futures marches en montagne. Tiendra ?
J'ai campé par là, sans plus de prétention, comblé d'un monticule fumant pour tout foyer.

Zêtes fiers, organes mécréants, montagne idiote ? 
Je ramasse mon orgueil tout scrabouillé de neige fondue et terre bien trempée. Bravo. 
Pire montagnard. Pire GPS. Pire boussole. De cette union sacrée, conjonction des valeurs, célébrons le bel échec !
La montagne se cure les dents en rotant une coulée neigeuse, pendant qu'à Paris on a rangé les cours de tennis, les cahiers, sorti les vélos.



La montagne n'est rien. 
A Paris, c'est comme si Notre Dame avait brûlé.
Je retrouve Casimodo ivre mort au fond d'un bar. Il n'écoute rien de mes exploits à rebours. Arrive Esmeralda. Elle vient direct à moi et me colle une vilaine rouste, comme au dernier criminel. C'EST TOI qu'elle fait, C'EST TOI !? Commençant à lancer un peu tout, table, mobilier meublant, toute la communauté de meubles et acquêts... Ça paraît rien, mais c'est beaucoup ! Comme une avalanche à rebours.
Toute liée. Rendue à l'air... 
BIM. SCHBLANG.
Bénissant la montagne, je refais une liste. 
CONNARD. SCHTONCK.
A cette tempête nous survivrons. Une liste urgente, de 1 à 5. 
SALAUD. MERDOUILLE. COUILLON. 
Comme si dame brûlée. N'écoute que ta lâcheté. Ferme les écoutilles.
CLING. SALAUD. SALAUD.
Il faudra repartir bientôt...


Je dévale d'un versant qui ne me convenait plus
J'oublie, je jette, je débarrasse
Des plaques durant des années portaient contre moi
Le limpide est apparu et tout a changé

jeudi 23 mai 2019

TO3549 - 23 mai : parenthèse

Un jour à Paris
On avait armé cette petite fête, là. Trois fois rien. Juste ce qu'il faut de lads et de ladettes qui trémoussaient vaguement. C'est alors que les dieux du panthéon, sécheurs récidivistes, se sont pointés - drôle de bonne surprise !
Au fond d'une bouteille, au milieu d'un échange avec le patron, il était question d'une petite mission pas suicide du tout : goûter des vins, inspecter quelques îles, boire un raki. Que dire à ça ?

Ainsi quelques jours plus tard, pendant qu'il pleuvait à Londres, c'était beau large et plein sud. Cependant il y tombait plus dru encore que partout sous la mer. Éternel ombrophobe, le divin facétieux m'avait doucement roulé aux entournures.
Afin de survivre, capitaine et son troupeau bien serrés à l'abri du carré, les 'kilos' s'enchaînaient. Puis dans un restaurant, ou deux, ou dix, les 'kilos' toujours... Errance gastronomique ?
Pendant que plus au Nord, le Tarka voguait pleine balle vers le Spitzberg, nous remplîmes consciencieusement cet interstice entre l'eau de mer et l'eau de pluie.
Fûmes ivres.
Fîmes gras.

Compliqué
Tout n'est pas compliqué
Rien n'est compliqué
Ici plus simple encore que partout ailleurs
Il faut seulement avoir un bon chinois, quelques gambas. Décortiquer les bêtes, enlever les intestins, puis faire revenir les têtes mi-huile mi-beurre jusqu'à bonne coloration. Déglacer au vin blanc et passer au chinois : voilà la base. Le reste : bien classique, à base d'oignons, tomates et épices qu'on lie à la chair de tête : voilà pour la sauce.
Les pâtes et les crevettes, vous devinerez sans peine, ou trouverez sans gloire.
Il faut seulement un bon chinois.

Indes galantes
Ainsi allait notre petite nation, pour moitié d'eau salé, reliquat de vin résineux. Et pluie. Les proportions varient en fonction de la saison.
Là : beaucoup des deux.
Mais demain ? Demain !?

La mer s'est doucement retirée par la petite bonde du fond. On n'était plus que nous, la forêt paisible, la forêt tranquille, nous. Et la pluie. Bien rincé l'écheveau des désir on chantait encore quand le soleil est reparu.
Rien compliqué. Il suffisait d'attendre.
Toujours chantants on a rebu à ça, aux dieux, et au reste... En attendant la prochaine jaille.

FORET PAISIBLE
FORET TRANQUILLE
JAMAIS UN VAIN DÉSIR NE TROUBLE ICI NOS CŒURS

jeudi 14 mars 2019

AF483 - 14 mars : (v)inactive


Barcaza de la muerte
Inspiré comme pas zéro, je reste là à couler doucement, comme le reste.
Projet, navire, ambitions vont lentement par le fond. Calés sur La Paz l'équipage compte les heures, un peu lentes, qui nous séparent de l'inéluctable. Chaque jour est un incident, une panne, un report. Pas d'exception. Tout végète, comme dans un temps suspendu. Tous végètent. Mangent trop. Puis re-végètent, sans vergogne, le poil toujours plus long...

          Sortez sortez
            Sortez moi de là
              pitié de là
                vite pitié sans tarder

Comme à la descente d'un trip. Ça commence par une chute. Un nuage gris m'accompagne. Puis une maladie opportune va fermer le couvercle, sans vergogne. La fièvre bourdonne. Nuits de cauchemars. Cette Yagana me hante ; à tout instant ses petites particules et leur travail de sape. 
Peu à peu, rongés par l'oxyde, chacun de mes organes vacille et défaille à son tour...



This is the next step
Mille vagues, mille jours, ondes indénombrables, ni nom ni rien qui subsiste
rien n'allait bien faut dire, tout voguait d'échec et
d'abord il y en a qui ont commencé à chantonner, puis très vite
absolue déréliction, les hommes criaient en s'étranglant des deux mains, folie!, folie!, sautaient partout sans jamais un effet que le passage des jours et des ondes. Encore et encore.  Il n'y eut bientôt plus rien de droit ni personne de sensé
en fait de retour ce fut plutôt une évacuation prestement troussée
vachée la bonne humeur, évanouie toute la belle énergie, dans cet abyme marin
arrive ce moment où ni l'appétit, ni le sens de l'humour, plus d'énergie, aucun recours : il n'y a plus de recours qu'en Archimède et tout le bousin s'enfonce très vite dans un marasme de pur vilain

Reste le travail. Travailler comme faire un grand ménage. 
Frotter, frotter, sans jamais aboutir. Frotter sans répit reprendre.


Animal en son nom
Frotter l'homme, frotter l'être, frotter le nom !
Bien frotté, animal finalement : est rentré. Quel mensonge supplémentaire ! Où est animal ? Animal consensuel, tu persistes. Prétends que tu prétends, mais que personne n'y croit plus vraiment.
Trop disparu, tout lointain et bien longtemps, il n'y a plus animal qui tienne.

Non : animal n'est pas rentré, il n'est même pas bien parti !
Toujours un peu présent au monde, bien végétatif, la frontière s'est formée jusqu'au dedans des idées. Il y a bien longtemps que les idées même sont enfuies. Les mots ? Les mots petites bêtes vaniteuses,
veulent donner du sens, définir, signifier. Mais trois petits mots et puis s'en vont : pourquoi prétendre à mieux ?

J'ai peiné et échoué à continuer d'y croire. Ces mots ne sont de personne et pour rien. Ça fait longtemps, ça fait toujours.
Mis à nu de tous ces artefacts, l'animal reste là.
Bien épluchée la bête, débiter et faire dorer les morceaux dans du beurre. Réserver dans un plat. Faire revenir les oignons dans le reste du beurre. Ajouter les champignons. Faire réduire avant d’ajouter les pommes de terre, l'animal et recouvrir le tout de cidre agrémenté d'un bouquet garni et de miel.
Enfourner pour 45 minutes en remuant à mi-cuisson.
Parsemer de persil et servir bien chaud.

lundi 28 janvier 2019

TG930, PG936 - 28 janvier : échéance, parachèvement

le jour se levait
le jour se couchait
on m'a dit : regarde
regarder n'est pas agir
le terme a précédé ma pensée

Pas encore gagné par la frayeur des frontière, je franchis encore celle-ci, puis cette autre
Simple picotement, la fièvre déjà instillée initiait alors son petit travail de sape


Byriani, chantier, hommes. Tous ces destins, tous ces échecs.
Tous ces lendemains effacés, additions jamais posées !
On a lâché le dernier paquet, dernier homme, dernier bord 
puis filé - loin plus loin et sans retour. Jamais !

Celle de la fin de chantier, celles de l'alcool, toutes les fièvres combinées me frappaient doucement la caboche. Alors la formidable intoxication attrapée rue Preah Ang Duong a bouclé cette balade.
Désormais plus même foutu d'acheter un billet retour, inconsolable paumé, je commençais à craindre l'impossible frontière. L'année commence malade, finira sédentaire. Sans plus bouger de ce lit, de ce chiotte, de cet hôtel, il faudra juste attendre un an, égrener tranquillement le décompte des mois.

Un jour ce sera décembre dans quelque ailleurs et tout restera à faire : boucler l'année, pécher quelques mots, évoquer ce temps, ces frontières...



Alors que je rêve sonnerie électrique des portes, feulement du train au terminus, parachèvement, chaque gorgée de chaque verre, chaque rêve de chaque nuit annonce le vertige du temps qui vient.
Comme ici avec Grégoire, il faudra bien des bouteilles sans fond, bien des gorgées sans fin. Pleine année de mutisme qui n'en finira pas. Je m'illusionne, espère encore boucler ça d'un coup d'effaceur magique, sans plus de nuits d'hôtel, ni bar, point d'ivresse : juste makache, grand formatage !

Mais non. Ce ne seront que banalités à peine épistolaires, flacidités d'usage, poire pour la soif, tchao.
On entendra la musique, pieds tanqués loin des danseurs. Verrons quelques paysages, comme subis par la rétine. Gardant ce fruit en main je veillerai à ce qu'il pourrisse jusqu'à s'écouler entre mes doigts ! Un courant d'air emportera cette noble pourriture...



Un retour droit dans un sommeil sans rêve.
Le policier aux frontières me fera une dernière bise.
Au giron du faubourg les Sabines veilleront, strictement immobiles.
Derniers détails. Cerise confite et auriculaire tendu : santé !

___
Sidération du rendu à la vie
tout sonné, godillots encore plein d'un fond
petit poisson, perdu là

lundi 7 janvier 2019

AZ1622, AF1305 - 7 janvier : avouer Berlin

Ces vieilles promesses. 
Ces choses lues, sues, oubliées. 
Un bar du quartier m'en parlait parfois. Un film, ensuite. Puis ce bouquin peignant quelques coulisses étranges : villages de montagne ? Vierges jurées ? Omerta ? 

Berlin ?
La promesse court et vaut toujours. Cette arlésienne subsiste comme clef de voûte de notre mensonge. Tout autour, l'écheveau des mots vient construire cette histoire. 
Tu gesticules encore, pleine de grâce. Cependant toujours aucun son, nul mot, ne viennent révéler la cachette où je file cette fois. Alors, sans rien dévoiler, avec Pim et Poum faisions bel équipage et pleine balle, filions ce coup-ci vers le mal connu, nouvel obstacle ? 


Nous n'étions pas à Berlin, tu n'étais pas enchantée. 
Nous n'aimions ni ne partagions. 
C'était un voyage, et cette blonde : ma blonde ! Un voyage avec des frontières et la vitesse dans ses cheveux. Comme à Berlin mais ailleurs, plein d'ailleurs, tous les soirs un autre, folle variété balkanique.

Tous les jours : repartir à zéro.
Comme à Berlin, mais ailleurs.
Le nez la bouche la chambre l'homme et la femme : à zéro. Tu veux je veux nous allons, cherchant toujours le coin du monde où se réveiller à nouveau : nez bouche chambre homme femme zéro. Folle itération en toute nullité. J'ai rêvé. On rêvait souvent. Un autre jour elle aussi, puis nous deux, mais toujours pas Berlin. Juste elle et moi, c'est tout. 
Le lendemain nous avons touché un second, bientôt un troisième pays. 


Le plan ? Simple ! Tout voir tout faire tout goûter.
Quelques pays. Une semaine.

Vu de près tout se révéla plus ample et tarabiscoté.
La frontière : un fiasco. Chute de neige ? Evidemment. Le prochain bus passait dans trois jours. Mais bon gré, mal gré, on a pu, on a su. 
Il y eu de belles chambres. Du bon poisson. Vin et tabac : à flots. Ces fumées empestent encore, quelques mois plus tard, les rue de Paris autour de chez elle. 

Au terme, comment avouer ?
Quel pas grand chose ? Quel pas lourd ? 
Volute du cigare. Méli mélo des souvenirs plus enchevêtrés que les frontières. Rebond des lits, chocs des sexes. Sempiternel écho des rencontres improbables. J'avoue !

dimanche 16 décembre 2018

RX0714, TK1821 et TK0713 - 16 décembre : our biryani deserves a war

LA COLÈRE SOURDRE
RÉVEIL COMME D'UNE LÉTHARGIE
DES SEMAINES, DES MOIS


HOLD THE HANDRAIL
Je recroise cette grande tige un beau jour, en pleine mer, et c'est tout de suite le coup de foudre. Ses grandeurs ses bassesses, rien qui me déplaise. La rouille qui gagne, et alors ? Grandes esplanades cernées de rubans jaunes.
Pas même la foule besogneuse qui prend bord. 
On distribue les quarts : le bordel s'organise.

MANNING UP
Seigneur vaniteux en mon domaine, j'y contemple les quatre horizons au couchant. C'est à nous, qui sommes les plus grands. Nous, nous, nous ! Il y a bien sûr d'autres esquifs, dont un mesure le double, mais bon. C'est nous.
Puis voilà qu'on fouette un peu, d'abord mollement, puis pleine balle, car le projet décolle. Haro sur les opérations ! Que coulent toutes ces structures ! Et ça coule, progresse au gré des courants, sans vraiment avancer ni reculer : voilà bientôt des jalons.

Plus tard, progrès partout, des ongles me poussent aussi : dix aux doigts, dix aux orteils, d'un flash ahurissant on se rappelle que plusieurs jours font une semaines. Puis c'est un mois.
Comment c'était avant, sur terre, sans grue ? Tous ces êtres dans une ville, organisés. Roulants métro, vélo, filant 120 m et au-delà. La terre ferme vient à manquer. Le retour est un homme qu'il me tarde de voir. Le manque pique des fois. Je suis le détail de sa mobilisation. Le billet, le billet !

DEMOB
Le billet est arrivé. 
Le bonhomme suit. Bienvenue petit bonhomme-retour. 
Carnation de ma régression, béni. Il y a bien le progrès qui sonne encore un peu, faiblement. Remuant encore, il va me convoquer à une opération pas loin, tout près de l'aéroport. J'ai dit oui. Ai volé le suivant.
A Paris nul océan, nulle grue, y avait pas même une parisienne alors j'étais un peu déçu tu penses. Encore des jours je secouais si fort mon téléphone qu'il finit par rompre. Le lien social, non, ni même le lien : Paris à noël ne vaut pas la sieste pour se pendre. Voyant ma peine, Vitchou a soufflé un peu puis a levé l'écrou. Va, va, je te suis. On a enjambé la monture plein feu vers Beauvais, le vent dans les cheveux, laissé Paris loin derrière, là !

jeudi 25 octobre 2018

AF8227 / FLT2103 / KL0810 - 25 octobre : ça ira

le merlion est un félin, aussi
il te roule sous sa patte 
se plaît à croquer mon courrier
c'est : monkey say and monkey do

Si toutes les garces, toutes les garces s'unissaient, aaah
Si toutes les garces s'unissaient ! Il ferait bon, un jour sans vent, ce serait presque la fin, mais pas encore. Elles s'uniraient et iraient comme une seule garce. Pas la fin, mais quelque chose comme plus jamais avant ni après. Tout à coup l'opportunité d'une vision, c'était ça, du début, ça l'a toujours été
J'adore ma garce, sale et rouillée. Raffole de ce projet, mecs furieux, paquets de mer

Est-ce elle, ou moi, ou lui, qui a changé ?
je me transite, impénétré
pas même aligné avec l'idée de ce que je suis


Boudha était ingénieur sur une barge
il a décroché son certificat, enfin, sagesse ultime, un jour d'opération en mer
Perdru il était entre esprit rationnel et chaos du chantiers, complètement choqué aux interfaces

Une année qu'était là comme soufflée, marquée nulle part, plus écrite ni commentée. Une année pleine mais sans indice. Quelle valeur une année si on ne peut rien en lire ? L'année s'achève, tu te sens comment ? Ça ira. 
Toujours ça ira, s'en allant toujours, ça ira tous les ans. 
Mais cette année, quand même...
___
le chat passe dans tes yeux dans tes reins
sa queue de poil et son corps entier de poil
passe à l'intérieur d'un endroit pour te caresser

mardi 3 juillet 2018

AF1533 - 3 juillet : du tout

sans plus bouger
du tout
du tout
du tout

délier un doigt délier un doigt délier un doigt
délier un doigt délier un doigt délier un doigt
reprendre doigt sur le clavier
pour rien dire rien signifier, le normal, l‘inchangé,
violente normalité du quotidien


délier les doigts
délier les doigts
partir voler
et revenir, posé
je vais revoir paris, c‘était un départ, un vrai de vrai une envolée pis haut, hein, vachement loin en vrai
délier les doigts
délier les doigts
rien que ça

retrouver le clavier, les mots qu‘on peut y faire, le silence entre les touches
je sais pas moi
c‘est une question qu‘on ne pose pas
faut juste laisser aller

l‘ECM est plutôt plat ce matin
pas d‘éclat, ni saillie, rien de brillant qui surgisse
on dit quoi ?

On veut vendre quoi, dix garces, elles sont belles mes garces, chopez mes garces, prenez-les, reprenez-en, pardi
garce offerte garce donnée garce à saisir comme elle vient



d‘abord il y avait la chambre 38 avec deux oreillers et puis la formidable ventilation
on aurait mis terme à tout réchauffement rien qu‘en la laissant aller
puis de l‘acier, tout autour, un navire tout  entier
et un peu d‘eau: forcément. Au moins tout ça

d‘abord ça, puis beaucoup ailleurs,
plus trop paris, des jours des semaines des mois
sans plus bouger, sans plus bouger

jeudi 7 juin 2018

AT0788 - 7 juin : décousu

Maïkeul et Solange se sont choisis une vie.
Loin de la Bretagne, doucement, se morfondent. 
Il y a eu des enfants, puis de petits-enfants. Des amis, puis des distances. Une immense chambre à coucher.


Le constat est indéniable: voici deux vies isoclines, pas mieux miscibles dans la géographie alentour que dans la société actuelle. Deux capsules par quelque secret mystère juxtaposées. C'est rond et lisse. Légèrement anxiogène.
Ils bougeront bientôt pour un ailleurs étrangement identique, qu'on devine pas mieux incarné. Même chien idiot, même accueil absent ?

Ailleurs, différent, toute pareille, Nathalie perdue bien perdue, dont l'esprit boucle et la vie linéaire se prolongent, se prolonge. Partout liée à tous, on ne sait pas quelle autre barrière elle aura élevé contre le monde, contre quoi, envers qui ? 


Soleil du Maghreb et termes de la vie sanctionneront tout ça avec la rigueur biologique qu'il faut. Même si on veut pas, il faut toujours. Ne persisteront pas même quelques paragraphes abscons pour décrire les grands horizons de ces vies. Vies, petites vies, vous m'interrogez, forcément ? Pourquoi vous, ici, pourquoi nous tous et chacun ?

Tous sont ici bas ce qu'ils pourraient être ailleurs. 
Intégrés. Désintégrés. Parfaitement constants dans un ailleurs permanent. On leur souhaite bonnes chances.



Tous souhaits émis j'allais traînant lorsqu'au passage d'une vitre, un reflet m'a claqué.
Pauvre, pauvre toi!, constant, inconstant, ailleurs et jamais bien rentré: les reflets ont cette malhonnêteté toute de rigueur optique. Cet irréfléchi tellement personnel, jamais traversant. Je m'y retrouve, pardi, pour m'y perdre mieux encore.

Décousu du premier fil, comme ce mec à qui on donnera pas un clope.
Comme cet écran et tous les autres qui nous regardent un peu mieux chaque jour, rendant autant notre image que l'écheveau de ce qu'on voudra bien croire, entendre. Mal dire. Médire ?
Je m'y complaît. Retrouvons-nous y tous.
Qu'advienne finalement le règne du décousu universel.

___
C'est un jour comme celui-ci, un peu plus tard, un peu plus tôt, que tu découvres sans surprise que quelque chose ne va pas, que, pour parler sans précautions, tu ne sais pas vivre, que tu ne sauras jamais.

mercredi 23 mai 2018

AF0429 - 23 mai : segment invalide

J’étais en train de secouer ma femme,
remue un peu tes roudoudous, on vole, on vole!, on se casse, là, quand: vlan. Un ETKT est apparu dans la boîte mail. Ah, ça. Entre folie et caprice, les machines ont choisi de me foutre bon an mal an sur un vol retour en capitale, autant dire: presque Paname.

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Log Date: 2018-05-21 15:03:36,970 (Session: 32F31E861DC14616916D828DE9E2DE34) 

Rendu à l’aéroport j’ai eu beau secouer encore l’ordi en tous sens, c’était toujours erreur sur erreur, listing impossible, segment absent et je ne sais quel autre formidable absconnerie. Voilà le faciès d’une fin du monde au nouveau siècle - c’est gratiné.

Puis le pays : à l'avenant.
Tout y était, les gens, villes, routes, ambiances, bouffes. Et l’alternance des jours.
Mais rien, cependant, qui constitue un voyage. L'ensemble ne somme pas bien. Alors tout ça réuni, et moi, on se regardait comme des damnés du néant. N’effectuions pas cette petite danse que je connais, que je souhaiterais.

Être là, c'est à dire : pas ailleurs, engage tellement.
Rien que sur le plan vestimentaire, par exemple. C'est un gouffre.
Et alimentaire ? Deux gouffres ! Nombreux les gouffres, tout déboisé le garçon, à tâtons : avance encore.
Vivant benoîtement, du coton plein les oreilles afin de taire les doutes, j’allais pour poursuivre un peu n’importe où, peu importe où, quand l’avion lui-même s’est opposé.

Une erreur s'est produite lors de la procédure de paiement - votre PNR temporaire a été annulé. Veuillez recommencer la procédure de réservation. (RecordLocator K5E3UL cancelled) ( RecordLocator K5E3UL cancelled ) Environment: Production (prod) / prod04 
Log Date: 2018-05-21 15:03:36,970 (Session: 32F31E861DC14616916D828DE9E2DE34)

Ce flou renvoie à mes expectatives et au souvenir prégnant de ce pays. Y a un truc, ça colle pas. Je reprends les rues, répète les rencontres. Charmants, charmantes, tout ça est bel et beau, mais ensuite ? Je te raconte la suite ? Tout y était.
Tout. Je répète.

Tout.
Les gens. La ville. Le retour.
Tout ce que j’aime, rien qui m’inspire.
Sans attendre ce dernier jour, j’ai repensé à ta remarque sur le choix de cette destination. Rêve de vivant, intense, charnel et familier. Rêve d'un passé, coquin révélateur de ce qu’on est plus.
Il a fallu cela pour repenser un peu : à peine 15 ou 20 mille kilomètres en l’air, alors oui, ton commentaire, presque anodin, faisait mouche.

Erreur système réservation. : ( .NO VALID SEGMENTS FOUND - CHECK ITINERARY.NOT ENT BGNG WITH 3FOID/PPCL13CE85317-1.1 ) 
Airline: LA Environment: Production (prod) / prod04 Log Date: 2018-05-21 15:12:43,507 (Session: 32F31E861DC14616916D828DE9E2DE34) 

Aurait-il convenu de reculer, plutôt, ou zigzaguer, je ne sais pas. Quelque chose persiste ici, néanmoins. De ma mémoire ou de mon être. De la distance entre les deux.
L'océan entre les deux ! Parfois profond, long comme des bras nombreux.

Deux mondes de gouffres séparés par un gouffre de monde.
Des jours s'achèvent, l'errance continue;
nu sous un ventilateur, règne l'indolence...

mercredi 25 avril 2018

AF1082 - 25 avril : direction incertaine du majeur pointé

voilà un personnage
ce serait notre héro
le personnage ni ne bouge ni ne grandit
rien progressé depuis jamais, pas incarné, ni esquissé : le personnage n'existe pas
pas plus l'espace qui l'entoure, la quête qui l'occupe, la direction qu'il cherche
il n'y a qu'un grand tourment de verbe et beaucoup de vide autour
un fort courant du désir, mais quelle carnation ?
l'animal est un mythe je me demande ce qu'elle y met
le sujet en est un autre, le même, je me demande toujours
toujours : mais quoi ? S'il n'y a que ça, personnage / animal / sujet sont condamnés
vite tresser un chandail trop grand, il faut: englober les trois, il faut: saisir la matière qui n'y est pas vraiment – où est le sujet ? Enfui le héro, il y a quelques lignes il était là encore, déjà insaisissable, le dogme du réel se dégonfle en virevoltant dans la pièce
c'était vous
c'était moi
c'était l'idée que nous avons eue, un jour, qu'il faut taire jamais
essaie de penser à autre chose, figure-toi l'impossible : une bière, une quille de rouge, à la limite
PAS UN HOMME
PAS UNE MÈRE
dans l'horloge, rien de rien
la réparation n'aura pas tenu
plus personne, ni personnage...
___
On court se jeter dans le grand déversoir où viennent se défaire, se nouer, les rails, les routes, les rencontres, une vraie ville, des lieux publics, enfin, où le hasard bat les cartes. Des rues que personne ne tient, des cafés irresponsables...