jeudi 14 mars 2019

AF483 - 14 mars : (v)inactive


Barcaza de la muerte
Inspiré comme pas zéro, je reste là à couler doucement, comme le reste.
Projet, navire, ambitions vont lentement par le fond. Calés sur La Paz l'équipage compte les heures, un peu lentes, qui nous séparent de l'inéluctable. Chaque jour est un incident, une panne, un report. Pas d'exception. Tout végète, comme dans un temps suspendu. Tous végètent. Mangent trop. Puis re-végètent, sans vergogne, le poil toujours plus long...

          Sortez sortez
            Sortez moi de là
              pitié de là
                vite pitié sans tarder

Comme à la descente d'un trip. Ça commence par une chute. Un nuage gris m'accompagne. Puis une maladie opportune va fermer le couvercle, sans vergogne. La fièvre bourdonne. Nuits de cauchemars. Cette Yagana me hante ; à tout instant ses petites particules et leur travail de sape. 
Peu à peu, rongés par l'oxyde, chacun de mes organes vacille et défaille à son tour...



This is the next step
Mille vagues, mille jours, ondes indénombrables, ni nom ni rien qui subsiste
rien n'allait bien faut dire, tout voguait d'échec et
d'abord il y en a qui ont commencé à chantonner, puis très vite
absolue déréliction, les hommes criaient en s'étranglant des deux mains, folie!, folie!, sautaient partout sans jamais un effet que le passage des jours et des ondes. Encore et encore.  Il n'y eut bientôt plus rien de droit ni personne de sensé
en fait de retour ce fut plutôt une évacuation prestement troussée
vachée la bonne humeur, évanouie toute la belle énergie, dans cet abyme marin
arrive ce moment où ni l'appétit, ni le sens de l'humour, plus d'énergie, aucun recours : il n'y a plus de recours qu'en Archimède et tout le bousin s'enfonce très vite dans un marasme de pur vilain

Reste le travail. Travailler comme faire un grand ménage. 
Frotter, frotter, sans jamais aboutir. Frotter sans répit reprendre.


Animal en son nom
Frotter l'homme, frotter l'être, frotter le nom !
Bien frotté, animal finalement : est rentré. Quel mensonge supplémentaire ! Où est animal ? Animal consensuel, tu persistes. Prétends que tu prétends, mais que personne n'y croit plus vraiment.
Trop disparu, tout lointain et bien longtemps, il n'y a plus animal qui tienne.

Non : animal n'est pas rentré, il n'est même pas bien parti !
Toujours un peu présent au monde, bien végétatif, la frontière s'est formée jusqu'au dedans des idées. Il y a bien longtemps que les idées même sont enfuies. Les mots ? Les mots petites bêtes vaniteuses,
veulent donner du sens, définir, signifier. Mais trois petits mots et puis s'en vont : pourquoi prétendre à mieux ?

J'ai peiné et échoué à continuer d'y croire. Ces mots ne sont de personne et pour rien. Ça fait longtemps, ça fait toujours.
Mis à nu de tous ces artefacts, l'animal reste là.
Bien épluchée la bête, débiter et faire dorer les morceaux dans du beurre. Réserver dans un plat. Faire revenir les oignons dans le reste du beurre. Ajouter les champignons. Faire réduire avant d’ajouter les pommes de terre, l'animal et recouvrir le tout de cidre agrémenté d'un bouquet garni et de miel.
Enfourner pour 45 minutes en remuant à mi-cuisson.
Parsemer de persil et servir bien chaud.

lundi 28 janvier 2019

TG930, PG936 - 28 janvier : échéance, parachèvement

le jour se levait
le jour se couchait
on m'a dit : regarde
regarder n'est pas agir
le terme a précédé ma pensée

Pas encore gagné par la frayeur des frontière, je franchis encore celle-ci, puis cette autre
Simple picotement, la fièvre déjà instillée initiait alors son petit travail de galerie


Byriani, chantier, hommes. Tous ces destins, tous ces échecs.
Tous ces lendemains effacés, additions jamais posées !
On a lâché le dernier paquet, dernier homme, dernier bord 
puis filé - loin plus loin et sans retour. Jamais !

Celle de la fin de chantier, celles de l'alcool, toutes les fièvres combinées me frappaient doucement la caboche. Alors la formidable intoxication attrapée rue Preah Ang Duong a bouclé cette balade.
Désormais plus même foutu d'acheter un billet retour, inconsolable paumé, je commençais à craindre l'impossible frontière. L'année commence malade, finira sédentaire. Sans plus bouger de ce lit, de ce chiotte, de cet hôtel, il faudra juste attendre un an, égrener tranquillement le décompte des mois.

Un jour ce sera décembre dans quelque ailleurs et tout restera à faire : boucler l'année, pécher quelques mots, évoquer ce temps, ces frontières...



Alors que je rêve sonnerie électrique des portes, feulement du train au terminus, parachèvement, chaque gorgée de chaque verre, chaque rêve de chaque nuit annonce le vertige du temps qui vient.
Comme ici avec Grégoire, il faudra bien des bouteilles sans fond, bien des gorgées sans fin. Pleine année de mutisme qui n'en finira pas. Je m'illusionne, espère encore boucler ça d'un coup d'effaceur magique, sans plus de nuits d'hôtel, ni bar, point d'ivresse : juste makache, grand formatage !

Mais non. Ce ne seront que banalités à peine épistolaires, flacidités d'usage, poire pour la soif, tchao.
On entendra la musique, pieds tanqués loin des danseurs. Verrons quelques paysage, comme subis par la rétine. Gardant ce fruit en main je veillerai à ce qu'il pourrisse jusqu'à s'écouler entre mes doigts ! Un courant d'air emportera cette noble pourriture...



Un retour droit dans un sommeil sans rêve.
Le policier aux frontières me fera une dernière bise.
Au giron du faubourg les Sabines veilleront, strictement immobiles.
Derniers détails. Cerise confite et auriculaire tendu : santé !

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Sidération du rendu à la vie
tout sonné, godillots encore plein d'un fond
petit poisson, perdu là