samedi 23 décembre 2017

AF935 - 23 novembre : le dogme amnésique

Chaque retour se devait d'être un objet de mémoire. Pouah !
Ils seront désormais fabriques mnésiques de néant. Le voyage ?
Bel idéal de disparition. Apatride et asocial. 

comprenons qu'il y a bien un sujet de l'oubli,
transparaissant en ce moment de vertige
où il s'absente de cette part de soi peut-être la plus chère,
qu'il met momentanément hors-jeu, se mettant par là même en jeu


Aller, venir, rester ? La position finale est bien la même.
Chacun reste libre d'entasser un cul sur une chaise : ni retour, ni regret. 
Alors que là, l'esprit de noël allait déjà bien de guingois. C'était plein de sapins en plastique, profonde fatigue et père-noëls vraiment noirs. Dans la foule, l'un a jugé bon de partager ma fortune avec la grande île. Le téléphone s'est sacrifié, encore. A sauté dans sa main sans plus d'adieu. Va, petit con !
Léger d'abandon et déconnexion, le travail d'oubli commençait là, dès avant le retour.  

Plus tard trois autres père-noëls déguisés en pilotes sont venus enfoncer le clou. A les voir tout de noir, galons dorées, casquette impeccable, nuque droite, il semblait acquis que leur traîneau géant leur était précieux. Tout sauf un jouet. Ceux-là partiront sans cadeau ni partage, avec des dizaines de places libres. Les déshérités peuvent toujours se consoler auprès du poster de la tour Eiffel, sur la foire du boulevard de l'Indépendance.



Alors, énumérer benoîtement dates et lieux ? 
Combler tout ce vide avec un peu plus de rien encore ?

Il existe deux rails, il existe un train. le train est unique. C'est l'arlésienne. Les guides sont multiples. Sont des rails tous divergents pour le voyageur. Guident un peu, prennent au passage le billet de mille qu'il faut.
Le train, invisible, se fait attendre. Alors le guide se multiplie. Sera bientôt 3, ou 4, courtisant, voulant un oui ferme, mariage d'intérêt. Tu montes  quel train, chéri ?
En fait de trains, de sept heure à midi, cette gare semblait un trompe-l’œil plein de marchandises en mousse et voyageurs assemblés en profils de contreplaqué. Tout juste une bonne planque où taper la sieste. Mais quelle sieste ! Et quelle gare...
Merveille de perfectionnement : voilà qu'on y vend même des billets. C'est la cohue.
Puis comme un aussi bel écueil ne peut être falsifié, une stridence retentit. Dans un panache de fumée, celle qu'on attendait plus, une lo-co-mo-ti-ve, apparaît bientôt.
Vu l'heure il n'y en aura pas d'autre. Ce sera celle-là, aujourd'hui, ou rien. Un arc-en-ciel viendra idéalement boucler ce jour en pointillés. On boira. Puis faudra ronfler. Tout ce décor à démonter, vous n'imaginez pas.



Puis un autre avion est passé, alors je suis rentré.
Recraché là, tout visqueux des sucs de l'aéroplane, poisseux de Skydrol et vapeurs de jet A1. Alors c'est doucement qu'il faut. Doucement doucement, rentrer. Pour doucement repartir. 
Au terme je mettais Gemma, Eric, la grande île et tout le reste dans un carton. C'est fermé, scotché, échec et mat pour cette parenthèse d'une autre hémisphère.
Rats et humidité auront raison de tout ça. Ce qui n'était pas déjà perdu se dissoudra bientôt dans le grand rien. Autour de cette tâche vide au sol, on fera grand raout et belle farandole sans même trop se souvenir pourquoi.

mercredi 15 novembre 2017

AF1227 - 15 novembre : l'oubli est une nécessité

la riche idée, c'est de ne plus revenir tout à fait intègre
perdre un petit peu chaque fois, de soi, du corps, de l'esprit
partir toujours et plus jamais complètement rentrer
éparpiller soigneusement les détails accumulés, images, odeurs, rien n'est inoubliable !
faire de la vie une impression à l'encre sympathique, où l'effaceur serait prégnant avant qu'on sache écrire


meilleur contributeur, le saligaud aura vu venir le protocole d'abandon
senti le courant sec de la fin
je l'ai bien vu sauter de ma poche, ordure! il courrait vite et à cette tentative, j'ai pas su bien faire. laissé apathique, affligé d'incompréhension pour ce divorce d'avec la mémoire numérique
l'animal se mourrait, faut dire. haut-parleur, micro, écran et divers capteurs en carafe, a-t-il deviné sa fin imminente ? parcourant les messages dans les flux, a-t-il capté qu'un nouveau m'attendait au retour pour le désosser, l'absorber ?

life is good no more
life is good m'a encore quitté.

ce n'était pourtant qu'un tout petit départ. 
sans nulle autre ambition que remplir un peu les yeux, le ventre... retour modeste


elle variait, je variais, chaque jour changions. la ville, plus jamais la même, tout à fait apprivoisée. la femme et l'homme, sages comme sur une étagère. rangés, briqués, chaque chose à sa place et alors, peut-être, les moutons seront bien gardés !
j'y reviens.
ici certain portent quelques bonnets. une petite morveuse me mate en fronçant les sourcils. un keum se cure ostensiblement le nez, l'air absent, ultime étape avant de jaillir ses gonades ? 
il faudra déranger tout ça. parcourir son corps.
jaillir aussi, éructer !
baiser ses fesses, saisir son cul. reprendre la ville, tout trousser partout. avec empressement. ce soir déjà, demain, encore une fois, une autre !

mais l'intangible mémoire... 
il est resté là un peu du rien qui forme les voyages. quelques images que l’œil voulait double, tant pis pour lui. formidables vitraux de cette chambre, bouquet de piment vif, pas plus ni moins perdus pour le meilleur, et pour le reste. 
ni image, ni son, qui pourtant existent, et persistent dès qu'on s'en détourne.
___
Tu es seul. Tu apprends à marcher comme un homme seul, à flâner, à traîner, à voir sans regarder, à regarder sans voir. Tu apprends la transparence, l'immobilité, l'inexistence. Tu apprends à être une ombre et à regarder les hommes comme s'ils étaient des pierres. Tu apprends à rester assis, à rester couché, à rester debout.