samedi 21 septembre 2013

AF1621 - 21 septembre : autre pays, autre rêve

Du ménage et des hommes
J'observe un tourbillon de poussière prenant ses quartiers dans un coin de la chambre.
Modeste mouton deviendra grand, cumul des vestiges de l'œuvre humaine, ramassis de peau de poils de crasse et autres joyeusetés, faudrait-il faire le ménage ?
Il se cherche une géométrie, le petit, se tente rouleau, motte, monticule... Soudain s'essaie au vol, profitant d'un courant d'air qui s'était faufilé là. Petit vortex deviendra rien, l'effet papillon s'est pris une tôle, tu savais pas ?
J'emmanche l'aspirateur, vise le coin, appuie sur la gâchette...

Nettoyage avant tout
Le Gange c'est bien. 
On raconte que le Gange te purifie par immersion.
Efface 99,9% des maux de l'existence !!, proclame la réclame affichée sur le gath.
C'est tentant. Dip in, dip off, un coup de brosse sur les crimes excessifs, et hop : you're good. C'est purifié des péchés, au moins les sept majeurs et capitaux, qu'on était rendu à la ville, pour toujours, et au moins jusqu'à l'expiration de l'ultimité.


Tout dernier retour alors ? On voudrait bien, mais l'absolue dernière fois fait comme carré de sucre dans l'eau. Elle donne ce goût ennuyeux et bientôt ne reste rien. Pas même le cube rigolo...
Aussi, après la mouillette dans le sacré fleuve, rien n'allait pire, mais ce n'était pas tant mieux. Dénuée de gourmandise, de luxure, d'avarice et de paresse, ouille!, la vie s'était faite chiante comme un sac à main de marque.

Quoi faire encore ?
Il y eu cette bouteille de 'jolies filles', vin rosé, 13° en volume, puis cette autre, et encore une suivante, et toujours ce petit gusto amargo.
Il y eu cette femme. Ce cas d'immunité.
Le cas d'immunité marche dans les rues de Paris. Boulevard Saint-Jacques. Boulevard Arago. Rue de la Santé. Sur Port-Royal. Tic, tac, tic, tac, comptent les chaussures que pourtant elle a changé pour de moins clicantes. Moi, tout petit à son flanc, cours, cours, petit bonhomme, tâche de suivre, tente d'accrocher sa jambe de mes deux bras. Mais rien : c'est lisse et sans prise. L'immunité !

Avant encore, il y avait le poil.
S'y accrocher restait possible, heureux recours. A petites mains le long des cuisses, ou pleine poignée dans la toison touffue, au petit poil trouvions place !
Mais là, rien, nada, macache. C'est vainement que je glisse, me ramasse. 
Une fois à terre trois anticorps gros comme ça me choppent par le colback et commencent un pilonnage sévère. A coup de pompe, vlan et revlan, voilà pour toi, c'est alors qu'elle, penchée sur la sanglante caricature, voix douce, léger sourire, fait nt nt petit monsieur, piètre amant, piètre ami, vous êtes tout émoglobineux. 

Cracher une dent, ça rend tout piètre. Piètre ami, piètre amant, piètre beaucoup, mais piètre avant tout, allons ! 
Si alors le Gange n'y suffit pas, que faire ? Au plus sain des seins je vouais un dernier cierge. Il fallait se résoudre à envisager la tangente. Et plutôt que rempiler en boisson (sans sucre), gabegie et autres vieux travers tout droit sortis d'enfer, j'ai été chercher de l'aide. 



Dans l'hôpital de béton et de verre le médecin au comptoir s'est avéré grand seigneur. Il a sorti un shaker en argent. Dosé soigneusement rhum, agrume, gin, zest, vodka, sirop, triple sec... Tequila ! Un Long Island prenait vie entre ses mains agiles. Le remède des remèdes, l'ultime médecine.
D'un clin d'oeil malin il a fait : ni une ni deux, vous serez sanctifié entre toutes les femmes. Et toujours sans tenir compte de mon sexe, lourd à l'occasion, masculin toujours un peu, il a servi sans soucis d'équité, de grossesse, d'économie, deux verres bien inégaux, enfant de salauds ! On a bu sec, puis il a fait glisser sur le zinc un rectangle de papier. Une nouvelle carte d'embarquement.
Allez, filez ! Priez !
Direction la ville la plus sainte, z'avez ma bénédiction ! 

Autre pays, autre rêve 
On était pourtant d'accord. 
Dans les yeux des enfants, partout, les esprits adultes, d'un consensus à peu près contemporain, et au-delà. Des époques lointaines et futures, d'accord : le voyage est un rapport au rêve.
Un rêve sacré, un idéal, un échafaudage qui étaye le songe, ou s'appuie dessus, d'une manière ou l'autre se combine avec...
Pourtant dès l'arrivée il s'est avéré que non, non, non. Ni voyage, ni rapport, ni rêve.



Ici le mantra sera plutôt : sécurité, sécurité, sécurité.
Ici on mettra barrière sur barrière, sur mur, sur contrôle : le temps du rêve est périmé. Qui même ose encore ici bas ? Toi, là-haut ! Toi, ouais ! Stop ! Cesse ! Le voyage te transporte ? Mon pied au cul te transporte ! 
Ici il convient de rester au monde. En vie, au sol, bien sous tous contrôles. Le rêve est affaire d'état, la réalité un bidule normé, bien cadré.

Concrètement ?
A la plage de grands panneaux d'interdiction masquent de modestes vagues. La flaque bleue derrière, l'assemblée éparse des nageurs téméraires : à peine visibles. No swiming !
Sur l'oreiller de l'hôtel on a écrit en gros, en rouge, no dreaming !
Puis il y a un mur, grand comme ça, destiné à arrêter les vents sauvages. C'est rigolo, vraiment. 
Mais le meilleur reste l'aéroport... Ah ! L'aéroport !
Vous rêviez de voyage ? Fin des rêves, interrogatoire de rigueur :
"Vous êtes marié. Oui.
"Vous êtes heureux. Mais.
"Quand êtes vous heureux pourquoi. Je.
"Définissez le bonheur cependant. Enfin.
"Vous avez été en Afrique, vous avez été en Afrique. Vous avez été en Afrique ! Ah.
"Et votre femme, pourquoi.
Mais non, je ne sais pas. Ça fuse, sans sourire. Et malgré l’acuité de votre interrogatoire, le lien entre femme à frique bonheur et égarement, la réalité pour tout dire, cette pauvrette déjà tellement illusoire, devant vous finit de se perdre.

On pratique décidément la connerie humaine ici, comme partout, mieux que nulle part. De contrôle en contrôle, pas moyen d'être, sinon nu. Chaque centimètre est sondé, on voudra savoir qui, quand, quelle motivation, quel miracle ! Faudrait pas risquer de laisser passer le messie, s'il venait à transiter par là, valise en croco, lunettes de soleil, longue barbe - qu'es-ce qu'il prendrait le pauvre !



Et votre femme ?
Comment l'aimez-vous celle-là ?
Mieux mal que les autres ? Et jusque quand ?

Comme j'espère encore les aimer un peu toutes et chacune, je vais pour en aborder une, charmante voisine de bar. Alors mon voisin pousse un cri terrible.
Halte là, malheureux ! Inconscient !
Pas fou, il dit, sache qu'ici la moindre donzelle est entraînée 3 années durant à saisir la couille avec des baguettes, à tuer du premier coup le chien, qui semblerait, paraîtrait juste même, vouloir mordre.
Regarde les dents, qu'il dit, en lui soulevant la babine. Elle pousse alors un grognement sourd, et on admire glacés une triple rangée de canines pointues comme des couteaux. Sans doute de l'acier inox 18/10, grade 316, observe mon toujours serviable, en lâchant prise. Ébranlés jusqu'à l'orgasme, bien calmés, on a replongé gentiment dans la bière, continué nos prières...

A ce retour 
Resanctifié, je suis rentré.
Revenu juste à temps, un 21 septembre. Juste à temps je sais plus de quoi. Juste à temps de quelque chose. Car il y a un temps pour chaque chose, donc forcément une chose pour chaque temps, démonstration bancale, bijection discutable, hérésie mathématique, mais tentons, cependant.
21 septembre ! 21 septembre ! Je crie.
Personne ne se lève. 21 septembre merde à la fin !

Foin de piètreries.
Pour la suite laissez faire, laissez aller. Laissez laisser.
Jusqu'au quand dira-t-on...

___
Et les fenêtres s'ouvrirent cette nuit là,
La sueur d'un dieu en étain
Dégoulinait du plafond,
Et j'étais la à manger une pastèque,
D'un rouge artificiel,
Le jus ruisselait lentement comme des larmes de rouilles,
Et je crachait des pépins,
Et je n'arrêtais pas de me dire
Je suis un idiot
Je suis un idiot
De manger cette pastèque
Mais quoi qu'il en fut
Je continuais à la manger

lundi 12 août 2013

AF225 - 12 août : rêver peut-être

De nulle part, du milieu du rêve, voilà quelque chose, comme une réminiscence...


Ils sont quatre, cinq peut-être, si on compte le serveur.
Cependant un serveur, ça sert un peu, ça ne compte pas vraiment. Alors quatre ou pas vraiment cinq, dans cette boutique bien dépouillée, d'une rue, d'une ville. Comptoir, congélateur format buffet, 4 chaises et la carte des délices. Au menu : du gulfi sous toutes ses formes. Dedans le gulfi : lait, safran, sucre, pistache, parfums, et du froid!, du sévère ! 

Ainsi quatre, peut-être cinq indiens, dans la pièce, dans la ville, dans l'espace onirique : indianisaient. Mangeant indien. Parlant, peut-être. Discutant quelques indianeries primaires ou d'un autre ordre. 
Puis tout bascule. Rien vu venir ! Soudain l'une, indienne toujours, m'épingle en 6 mots - “what do you like about India ?”.
Cette question ! Mais je sais pas ! Alors c'est tout enfermé que je m'enferme mieux mieux, tout empatouillé que je me rapatouille, trébuchant sur la notion mal fagotée, l'amour mal assumé de cette civilisation...

Ne pas être en Inde
Pour démarrer, il faut une bonne chute. Des personnages, du papier blanc, un stylo, n'importe lequel fera l'affaire. Mais, une bonne chute ! 
Pour la chute, une victime, on doit, il faut. 
Puis il convient de se libérer du reste. La douleur, et tout le reste. S'exempter de toute sujétion. Plus d'être au temps, ni d'être aux autres, juste être, être ailleurs.


Ensuite, compter. Le départ est un espace fini.
Un passeport mesure 32 pages.
1, 2, 3, 4, 5, ...Page 31 : fin des tribulations.
Page 32 ultime espace, dernière chance. Là, il est énoncé qu'en dernier recours :
"Les Français désireux de se fixer à l'étranger peuvent également se mettre en rapport avec le ministère des affaires étrangères pour obtenir des renseignements sur leur futur pays d'accueil."

Pour ce visa l'agent au comptoir, rue du Paradis, demande deux pages. Deux pages libres ? En vis-à-vis, s'il vous plaît. Luxe rare. 
Voudra-t-il d'un visa chinois mal décollé ? Il veut pas. 
L'oblitération du dernier espace est comme une formule magique. Désormais il n'y a plus d'ailleurs. Juste l'ici, et le là-bas. L'Inde ou rien. Un espace contrit, réduit au simple vecteur. Et avec ceci, ce sera tout ? Non. Alors filez ! 
Et ceci, c'était les toutes dernières réminiscences 
du dernier jour, du tout dernier voyage, et de la mer.

Au terme de cet ultime se tient Isabelle. Postée comme vestale, Isabelle standing. Une prêtresse un peu cheap, moins charmante, sans les attraits d’antan. 
Elle dit quoi ? Elle dit que pour terminer, il faut choisir : de ce côté rétablir le contrat, le confort, donner suite logique, pass navigo, éternité et cohérence. De l'autre : la porte, l'inconnu, la page trente trois...

Page 33
A la rentrée les gens va, les gens vont, les gens viennent. De partout.
A la rentrée, le plus souvent, les gens rentrent. L'air de rien.
Incroyable comme c'est soudain, sans appel.
Plus rien dans la rue. Portes closes. 

A la rentrée les gens rentrent. C'est pas le 15 août, hein. On sent bien comme une présence. Ils vont bien, les gens, ou mal, c'est selon, on sait pas dire. Mais ils sont rentrés. 



A la rentrée, Paris n'apparaît plus. Littéralement plus. 
De fait, jetée dans un bac de métol, ni gris ni noir qui surgisse, c'est feuille blanche : la ville n'a pas lieu. 
Elle n'est plus une vérité avérée, la ville.
Elle n'est plus rien, Paris, qu'une simple ville. Que la somme de tous nos songes, de tous nos idéaux. Et les souvenirs... Ceux qu'ont fait, ceux qu'on falsifie, ceux qu'un reflet de la mémoire éclaire d'un faisceau si ténu que le doute bientôt s'impose... Le savais-je, l'ai-je su ? Te connaissais-je, nous connossûmes ? 
Quatrième de couverture, ultime page !

Il y a un an, l'année s'offrait. Vierge, sans réserve : vas-y, marche. Avance ! 
Ne reste désormais que le souvenir d'une année. Ca convulse encore un peu. Presque rien.

Tu fermes les yeux, précipites tout à l'obscénité du néant. 
Délit de fuite, multirécidive de la posture hors champ, 
ingénierie du désengagement émotionnel.



Femme de papier entre les pages du Guide
Oh petite, quel écueil !
Petit bout d'os inconséquent, quart de ligne dans la partition du retour, tu concentres toute frustration... Tu incarnes cette ville qui promet et se refuse. Chatoie dans le reflet de l'oeil, mais n'offre rien, pas même ce corps faible et nu. Ce corps si beau, si admirablement souple. Un corps. Entrelacs de nerfs, empire de douleurs potentielles. 
Il faut voir comme chaque reflet de santé éclatante révèle une promesse de peine à venir ! On jurerait que cette jolie articulation un peu saillante déjà grinçouille... Toi et elle coucherez seules, nuits sans repos. Seule la peine. Seuls tous et chacun, quant à la fin les lumières se rallument.

Oh petite, impossible d'exclure que chaque promesse, chaque faux rendez-vous, est une étape de plus de nos quêtes narcissiques. On rigole, on reporte, aha, ravale cette petite indignation. 

A ce retour, suis-je inquiet ?
Je ne suis pas inquiet.
Alors qu'apparaissent des cas d'immunité -on parle rémissions miraculeuses, résistence méli-mélo, étanchéité aux salamalecs- il devient urgent de trouver la parade. De se recombiner.

Rentrée un tantinet dépressivante ?
Réminiscences incongrues ?
Fin d' une ou de l'histoire ?
Changement de cap ou pas cap ?
La guerre aura-t-elle lieu ?

Toi petite, tu m'échappes, et ça et là d'autres comme toi.
Je ne suis pas inquiet. 
Confiant malgré l'incision plus incisive, le verbe moins franc, le regard un peu dessous, comme presque honnête. La faillite est bien là, ainsi qu'une espèce de résolution semi-molle à laisser fuser, prendre mal, échouer bel et bien, bientôt repartir tout claudiquant. Pas inquiet.



Alors quoi ? Restent les mots. Gerbe de mots !
Alors quoi !
Un lundi matin, douze août !
Un lundi matin, écrire.
Un lundi matin moi, ma tronche, ma chemise pas au top mais bon, volons plein ouest : l'Inde c'était bien, l'Inde c'est terminé, pour le moment. Ramenant en trophée un passeport complètement rempli, le dernier tampon dans le dernier coin a scellé son sort au voyageur boulimique. 
Bon pour le rebut. 
Et son maître, idem, même rebut, au coin des sans but, échéance parisienne, sa bière fraîche et ce qu'il lui reste de gens, de jambes, de rires et tout ça.
Rentrons à Paris, tu veux ? Clef dans la serrure, petit ménage, sac lessive re-sac et avion dans la foulée. Petits vols inconséquents, comme ces derniers pas pointillés, à la sortie du stade. 

Alors quoi... 
Ajoutons des mots aux mots, du combustible au foyer, allons, soyons pas bégueules, tant qu'il y a du jouir à le faire, en l'absence de déflagration - tentons !
Il y a encore pléthore de mots, de noms, de notions, et même que, un nouveau carnet pour recevoir le tout, engranger et mélanger comme la fumée les corps dans les holocaustes le long du Gange.
...Pis à la fin on va se poser disait la fin
...Penser écrire, écrire aussi, bander toujours, surtout le corps traumatisé par ces sauts aériens, mais bander vain, bander vilain !
Devenir tout entier cette érection.
Devenir ce que tu es.
Le double, et plus.

Impasse de la sagesse
Comme j'allais passant nonchalamment passant, une vache devant, une vache derrière, quelques chalands tout autour, le sâdhu m'a causé. 
Sachez distinguer un homme d'un autre homme, il a dit. 
Sachez distinguer un homme d'une femme, d'une autre solitude. 
Il faut réciter. D'abord la série du nombre 1. Le froid. 
Ensuite le nombre 1. Jusqu'à la fin. 1, toujours.
Distinguer de l'autre femme. Du chaos alentour. Quand tous se penchent alors nos têtes se touchent. L'espace d'un instant : 1, encore.
Pour finir, continue dans ton dédale. Prends ces formules, va, et perds-toi ! 


Extinction du phare. 
La brume monte, on ne distingue plus si le cœur s'emballe ou tourne au ralenti, les deux à la fois peut-être. Don d'ubiquité du cœur. Il faut s’amarrer pour ce qu'il reste de nuit, fermer les yeux sur nos marées intérieures, laisser travailler leur magnétisme secret, 
up and down, up and down, up and down...
____
Chacun de nous est plusieurs à soi tout seul, est nombreux, est une prolifération de soi-mêmes. C'est pourquoi l'être qui dédaigne l'air ambiant n'est pas le même que celui qui le savoure ou qui en souffre. Il y a des gens d'espèces bien différentes dans la vaste colonie de notre être, qui penses et sentent différemment