mardi 7 mars 2017

AF567 - 7 mars : être infidèle, persister

Il prend quoi le petit monsieur ? Il prend l'avion, encore l'avion, car la lumière toujours un peu couci, pas tout à fait franche, ni vraiment couça, pousse le regard loin au delà de l'horizon. La frange invisible, tu vois, la dérive au bleu ? Bleu de ceci, bleu de cela, on trouvera bien un bleu qui vous satisfasse, hein ? Bleu nuit de la fin qui approche, la fin des tourments, des insectes et du reste. Un bleu de plein repos, quoi...


Pour cette mission très spéciale, notre agent tout de bleu, veste pantalon chemise, est chargé d'interroger la mémoire de l'ancienne Egypte. Il lui faudra trouver la source, rencontrer et goûter toutes les eaux du pays - celle du Nil, bien sûr, puis celles de la mer rouge et de la méditerranée. Dans chacune se baigner. Toutes les goûter.

L'agent de liaison Ralf, très vite apparu, était muni d'un purificateur à rayons complètement branck. Il y cache des microfilms et tombe systématiquement malade, sauf qu'il a de la chance. Ce jour là, il ne vomit qu'un peu, puis me sourit.
Pas malade, donc, mais bien équipé, Ralf et l'agent qu'il faut, dans le pays : déambulaient. De felouque en temple, déchiffraient. Là ils mastiquent et déglutissent, les espions font ça aussi. Boivent un jus d'orange de la source. Vomissent. Sourient toujours.
Bientôt une légion de médecin se penchera sur l'organisme de Ralf à la recherche de la mémoire. Plus tard encore notre agent continuera son exploration dans les vestiges accumulés de la National Galery ou del Museo Egizio de Turin. Car ce pays est partout dispersé, et la mission : cruciale.


Son commencement était fortuit :
une liste de chiffres, 368
un coup de rayon laser, 420
prends note, H240
notifie ce truc sur la fenêtre - comme ça.
Puis ayant soif, nous avons bu. Re-bu. Puis re-re-bu. Un alcoolisme comme pour en terminer. Un truc épouvantable, alors on riait bien. La céphalée loin loin à venir, après les bouteilles de blanc, bières, rhum, encore encore encore, n'était qu'une vague menace.
Comment s'est-elle retrouvée là, en grand écart latéral sur ce comptoir idiot ? Pourquoi y avait-il tant de monde, tant de témoins, tant d'amis ?
Au faîte de cette ivresse, le néant. Sans raison, sans explication. Puis face à mon oeil mal réouvert, c'était nulle part, un appartement jamais vu, le jour naissant. Ne manquaient que deux chaussures.

C'est peu après ce foutoir nerveux et amnésique que s'est forgée la mission. Les revoilà : homme parfait, femme parfaite, pays du biais et de la poussière. Quelques années ont passé - c'est le moment tant attendu, tellement craint, d'un bilan de compétences !


De biais un jour, le lendemain, toujours,
et ce jour là : en toute circonstance biaisé et infidèle !

Comme auparavant, le sable est fin. Comme auparavant, tous ici se déplacent d'un élégant appuyer. Quelques changements notables. On réprime comme avant, mais différemment. Visibles aussi, l'absence de l'une, l'autre plus grand - inconjonction des trois comme une nouvelle passion, toute similaire, rien comparable. Simple effet de détail.

Où n'en étions-nous pas ?
Le drap, l'hymen, malgré les années, subsistaient intacts. A peine une ride, un peu de fatigue, l'envie d'en découdre, refaire, mieux faire.
Pour ce départ il fallait en poche tout l'inutile immédiatement nécessaire. Ainsi, dans celle-là : un poing fermé. Puis : 3 pièces - 5 et 20 cents, 2 euros. Dans l'autre : deux tickets de métro usagés, et ce papier chiffonné portant le numéro de Sophie. Deux poches de Paris parmi quelques millions...
Bientôt ailleurs, tout différent, toutes différentes. Vide tes poches, racle bien au fond. Il convient de tout classer, réserver pour le retour. Alors seulement s'équiper d'autres inutiles, monnaie chatoyante du pays, papiers divers à l'excès... Tout est bon pour remplir les poches, acter la transition. Ici une pièce de 5 piastres trouée. Là un billet de bus de l'aéroport. Une clef d'hôtel. Puis enfin : deux poings, ou deux pouces, c'est selon. Les mêmes, à peine plus sales.


Comme il convient à tout atterrissage, on met aussi un peu de la terre d'ailleurs sous la semelle. Beaucoup de la poussière d'ici partout dans les plis chaussures pantalon ongles tout ça.
Une fois le corps extérieur tout bien badigeonné, il reste a imprégner la tripe et l'esprit, ce petit reste. Persister infidèle, toujours constant. Nul être, aucun mot. Juste la ville, bientôt le retour.
Débarquer et trier ces objets du voyage.
Petits papiers, mots épars...

vendredi 23 décembre 2016

ET704 - 23 décembre : torréfaction au soleil d'Afrique

On marchait dans cette rue : trottoir d'asphalte ni dur ni mou, voiture bruit juste ce qu'il faut, gens gentes en quantité et qualité variables. Elle à gauche moi à droite, devisions doucement, tirant avec soin sur chaque sujet - épauler, viser, bloquer le souffle... pan ! Car il faut tout reprendre, égrener, comme la première fois, comme pour la dernière fois, dans une urgence de fin du monde.  
Puis soudain la garce en est arrivée à évoquer l'éloquence perdue, fouillis sombre qui règne, faible filet de voix qui s'éteint... Pas du tout ! Pas du tout j'ai fait ! C'est mon plus précieux ! Je le soigne, le rénove. 
Bientôt il filera plus fièrement que jamais, sujet verbe complément, phrases au cordeau qu'il faut, avec points et majuscules s'il vous plait. J'y veillerai personnellement.


Cependant le machin titube, prend l'eau de toute part. Vous avez vu ? Et cette gîte ! On donne de la bande, sauve qui peut ! C'est l’œil, j'ai pensé, quelque fibromyalgie mal réglée qui accable, condamne, aura tôt fait de tout ruiner.  
Car faut bien rincer l’œil pour rénover le regard, sans quoi c'est tout périmé du verbe qu'on se trouve. Alors comme la conjonctivite menace, c'est pas un vieux collyre qui changera nib', faut du lourd, du gras, du varié. Du pas commun. Faut foncer dans la mêlée, taper tout azimut, je sais pas moi, faire sauter la banque, filer vent arrière, prenant la mer plein cul... ?

Car enfin, on enterre bien les chiens, on enterre bien les chats, qu'est-ce qui sauverait la bête, celle-là plus qu'une autre ? Toi, moi, plus qu'un autre ? Il s'agit de pas laisser couler la Seine plus longtemps. Filer loin, pour de vrai, laisser les bêtes pour ce qu'elles sont, des bêtes!, enterrées ou pas, soit dit en passant.


Comme une dernière bataille - l'enjeu est formidable ! Sans ce coup de feu c'est tout l'arôme qui échappe, la vie sera plus qu'un fil, on sucera des cailloux. Mouvement, chaleur, c'est tout l'écheveau des possibles qu'il faut secouer, nos vies doivent donner raison à Robert Brown : faut cogner, être cogné, pour continuer de vivre. 

Dans ce rince-œil insensé tous étaient belles et beaux, noirs comme il faut. Même le café. Surtout le café. Ici ni dieu ni référence, rien ne reste d'avant l'avion que les mots qui sont pareils, mais différents, petits dessins dansants ici et là. 
Ici sont quatre vingt peuples, annonce le guide. Auxquels ajouter également ma gueule, qui vaut pas derche, puis encore deux de mieux qu'on décomptera à part.


Le quatre-vingt unième est ce peuple chinois, omniprésent dans le pays, qui pose un village neuf à côté de chaque village ancien, afin de maîtriser l'envahissement des chantiers, la dérive des coûts, et empêcher la genèse d'un peuple neuf de sang-mêlés.
Enfin, et surtout, est l'antique - éternel - omniprésent peuple des hexapodes. Ceux-là chaque jour volent grimpent rampent, se mêlent à la foule, prennent cachette dans notre empire de quatre vingt un et moi, et toi, et chinois, puis sans cesse s'essaient au clonage, au mariage, pompant à qui mieux-mieux puis mélangeant tous ces sangs. Perpétuelle tentative de fonder le peuple ultime, combinaison et fruit de tous les vivants.


Je regardais ce mec dans le bus. Un cafard parcourait son corps, disparaissant dans une manche, réapparaissant au col avec grâce et tout le naturel imaginable. Mais le gars ne bronchait guère!, ni personne alentour. Alors la bête guidant ce vivant mal enterré à petits coups d'antennes, l'a prestement lancé hors du bus. C'est surtout l'absence de son regard qui m'est restée... 

Comme à Paris, je les observe, plus voraces que jamais, envahissant les murs de ce bar. Massés au sol dans l'obscurité. Prenant d'assaut les préservatifs souillés jetés au sol après l'étrange coït. Quel âge ont-ils, si un âge peut leur être attribué ? Et quel âge avait-elle ?
Elle n'avait pas de corps, sinon ce sexe si promptement offert. Mon sex droug en disait plus tard : female, good ? How was ? Vagina tight or loose ? Now change female !
Puis dans la phrase suivante me rappelait avec insistance l'existence de sa femme et de son enfant rangés à Lalibela. Good j'ai fait, t'as raison, let's change female, en pensant au 82ème peuple se baffrant de foutre.


Au creuset de ce pays reprendra le feu qu'il faut.
On y jette les graines dans une tôle, à même le foyer. A cette flamme ravivée la réaction de Maillard donnera son meilleur, développera les saveurs. Goût inimitable d'hémolymphe mélangée de sang, caramel du feu, sucre lent de la graine. Comme ma peau commence également à blondir, brunir, bientôt noircir, j'espère pour bientôt les mots qui tellement font défaut...

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Il ne faut jamais dire, Je le ferai demain, parce que demain, nous serons sûrement fatigués, disons plutôt, Après-demain, pour nous ménager un jour d'intervalle, afin de pouvoir changer d'avis et de projet, pour plus de prudence encore, disons, Je déciderai un jour que le moment est venu de dire après-demain, et ce ne sera peut-être même pas nécessaire, si la mort, qui met fin à tout, survient avant pour me libérer de ce compromis, qui est bien la pire chose qui soit au monde, une liberté que nous refusons.