dimanche 1 janvier 2012

AF483 - 1er janvier : Picchu or not Picchu ?

Aaaaah, tu vas au Pérou ! 
Et tu vas FAIRE le MACHU-PICHargh ?!
Stop. Gars, stop it. Après quelque essais et ajustements, je parviens à écraser la glotte d'un coup de poing, au milieu de la phrase. Craquement sinistre. Souplesse des tissus. Gargouillement des humeurs. Encore quelques soucis avec les interlocuteurs distants. Les mails. Le téléphone. Mais rien d'insoluble.

Car le Pérou.
Le Pérou, mon petit ! C'est avant tout des femmes, que de femmes, et leurs nez! et leurs cheveux! et leurs chapeaux!
Non mais, imaginez un pays avec des péruviennes : partout ! Sacrés bigorneaux, ces meufs, jupes multicolores en diable, deux belles nattes qui se terminent en étrange tressage, et un nez, oh!, ce nez! C'est que j'ai appris à apprécier un beau nez, monsieur.
Elles portent le chapeau, fort bien au demeurant, et puis un tissu multicolore en bandoulière, avec le plein de tout dedans, enfant, provisions, kalach, que sais-je


et sous la jupe..., ah, je ne sais, n'ayant pu voir, que faire aussi, à ce moment je ne m'étais plus lavé les mains depuis des jours, et les ongles, beuah. Entre deux hoquets que vaut le mal des hauteurs, tu voyais les ongles pousser, le majeur devenir énorme, strié, noirâtre, phallique et prétentieux en diable.
Le voilà qui se dresse au ciel,
alors cachant mes mains,
couvrant mes yeux,
je me contente d'imaginer la chose, lingerie -jaune, forcément- intérieur rose, douce tiédeur et léger flou du mystère ultime, de toujours, de la femme

La féminité est ce que confère l'aveu de l'homme : la femme, elle, ne sait pas sur quel critère objectif repose sa qualité de désirée. Ce que l'homme désire en elle, il est seul à pouvoir le dire ; pour elle, c'est une énigme. De sa féminité, elle ne peut découvrir que le manque ; et le don de la femme, dans l'amour, c'est ce manque-là.



Au Pérou, je suis.
Au Pérou.
Le Pérou.
Et j'attends.
Tous muscles bandés, rapport à vos glottes.
Les heures passent, ultimes soubresauts de 2011 (SUPERCHERIE !). Un peu de crachat, un bout de cuir, les heures passent, on va affûtant patiemment quelques rimes pour deux mille douze, le coeur bourré d'espoir.

Les heures passent. Sur mon dos, vaincue au coude et tâchée à l'aji, la veste qui n'en peut plus, chargée d'un siècle de balade, un bouquin de Chuck Palahniuk dans une poche, 100g de coca dans l'autre, 3800m du Fuji et de Puno dans les pattes, et cette coupe racée qui vaut une petite pochette inutile en sus, habillé pour l'hiver donc, cette veste marron qui tue, modèle O. Valparaiso, un truc qu'on touchait aux douanes vers le quai de Jemmapes, la veste, de la came 65% polyester, le reste en viscose, et ce léger brillant du pauvre, cette veste
cette phrase
ce voyage
comme une attente
comme cette année
s'éternise.



J'étais peut-être entré sans le savoir dans le vestibule vaginal de l'amour. Toute une sous-humanité marquée des stigmates de la laideur qui s'avançait l'une contre l'autre, les lèvres entrouvertes, lèvres sèches, lèvres brûlantes, lèvres affamées, lèvres qui suppliaient, qui mâchaient et suçaient et mordaient d'autres lèvres?

Les heures passent. On reste là, à se poser quelques existentielles en diable, une main sur la bouteille, l'autre sur le pubis, planifiant de nuit courte en nuit blanche quelque transition bien définitive vers un truc qu'on avait vu un jour dans un magasine, riche quadrichromie, laqué brillant sur papier 200 gr/m² machiné couché satiné, ah ouais, ce serait ça, le futur, 2012 ?
Joli.
Il se fait 8h -le journal vous est présenté par Mickael Thébault- alors la sonnerie du Puno-Cuzco retentit dans la ville, entre les gouttes, alors pendant un instant la communauté des hommes pas sourds communie et je pense, bordel de chiottes!!, c'est bien le premier train que je ne peux pas m'offrir. 200 US$ pour une boîte de conserve gavée de gringos, deux doigts dans la bouche, stimulation du fond de gorge, je gerbe les pays qui décommissionnent le rail !



La veille, deux frenchutes m'expliquaient la base du dialogue avec les plantes. Tu as la chacruna et la challiponga. Chacruna tombe à l'eau. Qu'est-ce qu'il reste ?
Durant un an sans sel, sans alcool, sans sexe, sans communication ni livre, à coup de cures et cérémonies mystérieuses, jusqu'à l'Amour, et leurs dents qui tombent. Rien !
L'Aquoi, je dis ? L'aquavit ? Un poil sceptique. Je leur expose les préceptes du coach : une fusée au cul, keep the pace, dormir pourquoi ?, boire jusqu'au bouchon, bouger, bander, jouir et là... je m'arrête 
ils ont ce sourire que je n'aime pas bien. 
Il est 20h30. 
Je les couche. 
Dans la ville une truite, un bar, trois équatoriens, un pas de deux, c'est l'averse de la nuit.



Allant d'échoppe en échoppe, je demande,
pathétique, riant au larme, riant seul,
quand lama fâché, lama toujours faire ça ?
L'hôtesse au comptoir va pour me remettre en place, de sa posologie miracle, 3 cl de pisco, 1 cl de jus de limon, 1 cl de jarabe de goma, 1 blanc d’œuf, 2 gotas d’amargo de angostor, et glou. Pourquoi l'inquiétude ? Noyer l'inquiétude. 
Plus tard le soleil s'est relevé, alors à court de soif, dégustant la coca, on se retrouve comme con sur une piste perdue, ivre, et les dents : pleines de feuilles!, crachant des morceaux, muqueuse vestibulaire en folie...
C'est la montagne. 
En contrebas, des légions de touristes débarquent, visent et tirent en rafale de déclencheur sur les vestiges du Machu-Picchu, guerre perdue d'avance, le lama indifférent lève sa patte, un ruisseau jaune doré jaillit et couvre le paysage...


Je leur dis
pas besoin d'un guide pour me perdre
ni d'un appareil photo pour enterrer des images dans mon oeil
il y a d'ailleurs ce petit clapet, derrière la rétine
qui donne directement sur le thalamus
là, le voyage comme un réflexe, 
précipice de méconnaissance, truchement d'idées en soupe épaisse dont j'ai toujours dit à barbe bleue, que sa meuf, partout ailleurs elle peut, mais là : non
pas cette porte
pas ce trou
pas les doigts !...
Je voudrais me souvenir
et j'aimerais tellement oublier
ré-inventer la fugue psychogénique.


De moins en moins revenu, je pose une fois encore la valise vide au plafond. Expulse des coliques d'images, souvenirs?, pagaille!
Et ça...? Etait-il là avant ?
Je fixe ce nouveau trou au mur. Premier trou, seulement ? Sans doute que dans l'absence, notre continuum aura rompu. Dans l'absence. Focus cathartique sur ce nouveau rien.
Je regarde ce trou
Et je n'arrête plus de me dire
Je suis un idiot
Je suis un idiot

___
C’est le propre de la condition humaine et c’est l’éloge de la fuite, non en arrière mais en avant, que je suis en train de faire. C’est l’éloge de l’imaginaire, d’un imaginaire jamais actualisé et jamais satisfaisant. C’est la Révolution permanente, mais sans but objectif, ayant compris des mécanismes et sachant utiliser des moyens sans cesse perfectionnés et plus efficaces. Sachant utiliser des lois structurales sans jamais accepter une structure fermée, un but à atteindre.

1 commentaire:

  1. je suis une idiote
    je suis une idiote
    je suis une idiote

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