dimanche 13 octobre 2013

AF667 - 13 octobre : un peu toutes et aucune !

Les voyages, les frontières
Rien n'a changé, depuis le début, rien ! C'est toujours la même mélodie.
Tralala - départ. Puis, hop ! - retour. Enfin... Cette musique, ou une autre... tout est affaire de rythme !

Les voyages se suivent.
Il faut se dépêcher, repartir ! Voyages sans fin, et encore. Voyages sans terme clair, mais où sont passées ces fichues clefs, elles étaient bien là pourtant, et la porte ? Je ne sais plus...
A cette occurrence les verres, faut dire, étaient bien servis. On sait recevoir, dans ce boxon !, et d'un jour sur l'autre c'était tout donné, perdu, bu et rebuts qu'il fallait rempiler avec joie sur le tapis de jeu.


Les frontières se brouillent.
Où s'arrête, où commence ? Faudrait au moins convenir des événements sanctionnant les étapes, dans cette errance. Retour à Paris, où passage au poste de douane ? Rencontre de la clef avec la porte ? Émission d'un nouveau titre de transport ? Ou retour à la raison...
Pour ce voyage là, ce pourrait être cet instant maladroit. Lorsqu'un soir, à bord du joli voilier, Agnès renverse un généreux verre de soda américain sur le clavier de la bécane. Laisse, je lui fais, c'est pas bien grave. Ça arrive... Cependant que je maugréé : mais pourquoi lui, bon sang ! Cet ordinateur innocent ! Lui qu'était toute l'inspiration, la raison, la cause de ce trip around. Achevé d'un droit au cœur de 25 centilitres ?
Fulmine et rage sont en bateau. Me picotent l'échine et remonte le long des poings. Éloignez la fautive de ma ligne de force ! Je dois mordre !

Point zéro, origine
A l'origine il y a : un midi, Paris, Raphaël.
Ce midi, à Paris, c'était avec Raphaël, au mi-temps de la semaine, un beau festin de chômeurs enragés. On se réunissait pour déjeuner, et ce n'est pas tous les jours.
Septembre 2013 ! Période faste pour la cuisine et les trois brûleurs, qui tour à tour se disputaient la faveur d'un cèpe ou d'une girolle, ou plus heureusement d'un assemblage de lard, châtaigne, vin, champignon et autres trouvailles de fond de frigo. Pour mon invité, la turbine à sorbet et le four étaient aussi mobilisés. La crème fleurette coulait à flot, et au milieu de délicieux capitons vineux me parvient encore la saveur de profiteroles au chocolat pas bien mauvaises.


Comment la discussion nous a mené vers l'action, fut-ce lui, moi, le reflet du fond d'un verre, quelque appel infrasonore qui en suggéra l'idée ? Toujours est-il que d'un instant à l'autre nous étions partis, terminant les agapes fin bourrés sur deux biclous, direction plein centre. Arrivés entiers par quelque curieux miracle, on a lâché les montures pour découvrir la boutique.
C'était un magasin sans queue ni tête, où un vendeur a peine mieux pourvu termina d'emmêler nos idées déjà pas bien faites. Raphaël rigolait blague sur blague tandis que j'essayai de préciser la couleur de l'attirail recherché. Orange ! Dans l'écheveau des idées confuses, c'était la seule chose clairement visée, peu importe le reste. Orange !, j'ai répété, orange, ORANGE !, jusqu'à ce que le zigue accède à mon délire et ouvre l'emballage. Dans la boîte un bousin fort beau, très design, nous observait craintivement en émettant un léger bzzz électrique. Il avait indubitablement le teint gris anthracite...
Alors ? Alors j'ai récupéré toute ma mise, transformée en liasse de billets verts par la magie de caisse. Raphaël continuait de rire, m’imitant à grand renfort de strabisme et bégaiement : « orange, orange, orange ! ». Et il sautait partout, fallait voir. C'est sans doute pas loin de cet instant qu'a précipité le faisceau de conviction, que s'est imposé ce nouveau départ.

Alors orange
Quelques jours plus loin, comme les pensées déjà bien perdues, loin diluées dans le rosaire des comptoirs, les mots du dernier retour continuaient de s'égailler dans les rues de la ville. Un peu tous et chacun ! Un peu toutes et aucune ! Il s'annonçait un léger froid et quelques projets d'avenir.
Faisant le tour des poches du futal, j'ai compté : quelques tâches, 1 trou, 400 jours de vacance, 1000 euros en petites coupures, aucune intention. Et quelle requête pour le père Noël ? Regardant mon reflet dans l'écran du vieux computeur qui me valait compagnie au bar, je re-décidais enfin d'aller en toucher un tout neuf, fin, performant... et chemisé orange. Le temps de finir cette bière.
Burp, en route !


Comme les retours inspirent les départs, es un viaje sin fin.
En fait, ce sabbat ce serait comme un oignon. Je pèle, tu pèles, tous pelons et bientôt pleurons ; allez pleure pas dis, rien n'est vain, ce chaos qui t'envahit n'est que l'écume sur la soupe.
Puis à chaque pelure c'est comme une vie, toute entière et complètement nouvelle. Voici une autre couche, brillante de fraîcheur, estupenda! Et ça ne finit pas !

Been here, done that
Justement : nouvelle pelure. Voilà qui tombe bien, car pour les nouvelles vies, il y a ce pays ad hoc, pas vilain. Les Etats-Unis, grand spectre mythique, soupe mille saveurs, galaxie urbaine pleine d'espace, de vie, de vide. De ouisky !

De cette galaxie choisissant une étoile, j'explore, et parcours, et marche.
Toute la ville ! Gauche droite haut bas, convaincu que la réalité urbaine se cache dans l'écho des pas sur les coins des immeubles, ou cette vibration ténue de l'air qui dit mieux qu'en dialogue, sans besoin de traduction, la vérité du lieu.


Sur le frontispice il y aurait marqué : je ne sais pas.
Et dedans la ville, rien. Un bazar de lettres achevant de fondre, plus rien de lisible, que de l'encre liquide et quelques tâches de blanc.
C'est là l'endroit idéal. Il convient de s'armer de patience. Je me suis assis comme j'ai pu dans ce non advenu, équipé d'un litre de bourbon et d'un joli filet à papillon. Quoi ? Le bourbon ? Indispensable ! Avec, on se fait plein d'amis de lit de vie de nuits, bien qu'il vaille mieux en garder un peu pour la suite. Le filet en revanche, inutile mais très joli, avec son molleton orange et ses mailles délicates.
Assis donc, d'autant mieux que la bouteille s'est trouvée complètement sèche et le corps d'autant amorti, j'ai énoncé la série du nombre sept. En binaire. Ouais, des zéros, des z'uns, le truc qui marche à tous les coups. Au dernier bit il était là, petit, vibrant, et coup de bol : orange !

C'est enquiquinant comme les voyages pourvus de finalité manquent de vague(s). Faudra veiller à filer sans but, une fois prochaine, tout promettre, rien tenir, s'arranger pour être dérangé, assurer l'inconfort... Enfin !
Un treize octobre et un trophée, une immense soif et l'envie brûlante de repartir... C'était déjà le retour. On a sanctionné ça d'une agape bien charnue, puis bientôt fallut refaire un sac, préparer une nouvelle pelure de vivre.


Concernant ce phénomène, j'ai ma petite idée. Cet oignon là, il doit être très, très gros.
Tellement beaucoup que l'homme, tel un petit insecte, l'épluche de l'intérieur, découvrant chaque fois plus avant, pelure après pelure, pleur après pleur, ce qu'il en est de la vie. A force d'essais, échecs, sanglots, la technique progresse. Avec soin et couteau ad hoc, bientôt parviens à peler la bête sans niquer le cytoplasme, dégager l'oxyde de propanethial...
Ah, je me marre ! Allez, encore un verre, santé!, encore une pelure !
Alors toujours plus loin du centre, des étamines et de l'ovaire, continue la balade.

samedi 21 septembre 2013

AF1621 - 21 septembre : autre pays, autre rêve

Du ménage et des hommes
J'observe un tourbillon de poussière prenant ses quartiers dans un coin de la chambre.
Modeste mouton deviendra grand, cumul des vestiges de l'œuvre humaine, ramassis de peau de poils de crasse et autres joyeusetés, faudrait-il faire le ménage ?
Il se cherche une géométrie, le petit, se tente rouleau, motte, monticule... Soudain s'essaie au vol, profitant d'un courant d'air qui s'était faufilé là. Petit vortex deviendra rien, l'effet papillon s'est pris une tôle, tu savais pas ?
J'emmanche l'aspirateur, vise le coin, appuie sur la gâchette...

Nettoyage avant tout
Le Gange c'est bien. 
On raconte que le Gange te purifie par immersion.
Efface 99,9% des maux de l'existence !!, proclame la réclame affichée sur le gath.
C'est tentant. Dip in, dip off, un coup de brosse sur les crimes excessifs, et hop : you're good. C'est purifié des péchés, au moins les sept majeurs et capitaux, qu'on était rendu à la ville, pour toujours, et au moins jusqu'à l'expiration de l'ultimité.


Tout dernier retour alors ? On voudrait bien, mais l'absolue dernière fois fait comme carré de sucre dans l'eau. Elle donne ce goût ennuyeux et bientôt ne reste rien. Pas même le cube rigolo...
Aussi, après la mouillette dans le sacré fleuve, rien n'allait pire, mais ce n'était pas tant mieux. Dénuée de gourmandise, de luxure, d'avarice et de paresse, ouille!, la vie s'était faite chiante comme un sac à main de marque.

Quoi faire encore ?
Il y eu cette bouteille de 'jolies filles', vin rosé, 13° en volume, puis cette autre, et encore une suivante, et toujours ce petit gusto amargo.
Il y eu cette femme. Ce cas d'immunité.
Le cas d'immunité marche dans les rues de Paris. Boulevard Saint-Jacques. Boulevard Arago. Rue de la Santé. Sur Port-Royal. Tic, tac, tic, tac, comptent les chaussures que pourtant elle a changé pour de moins clicantes. Moi, tout petit à son flanc, cours, cours, petit bonhomme, tâche de suivre, tente d'accrocher sa jambe de mes deux bras. Mais rien : c'est lisse et sans prise. L'immunité !

Avant encore, il y avait le poil.
S'y accrocher restait possible, heureux recours. A petites mains le long des cuisses, ou pleine poignée dans la toison touffue, au petit poil trouvions place !
Mais là, rien, nada, macache. C'est vainement que je glisse, me ramasse. 
Une fois à terre trois anticorps gros comme ça me choppent par le colback et commencent un pilonnage sévère. A coup de pompe, vlan et revlan, voilà pour toi, c'est alors qu'elle, penchée sur la sanglante caricature, voix douce, léger sourire, fait nt nt petit monsieur, piètre amant, piètre ami, vous êtes tout émoglobineux. 

Cracher une dent, ça rend tout piètre. Piètre ami, piètre amant, piètre beaucoup, mais piètre avant tout, allons ! 
Si alors le Gange n'y suffit pas, que faire ? Au plus sain des seins je vouais un dernier cierge. Il fallait se résoudre à envisager la tangente. Et plutôt que rempiler en boisson (sans sucre), gabegie et autres vieux travers tout droit sortis d'enfer, j'ai été chercher de l'aide. 



Dans l'hôpital de béton et de verre le médecin au comptoir s'est avéré grand seigneur. Il a sorti un shaker en argent. Dosé soigneusement rhum, agrume, gin, zest, vodka, sirop, triple sec... Tequila ! Un Long Island prenait vie entre ses mains agiles. Le remède des remèdes, l'ultime médecine.
D'un clin d'oeil malin il a fait : ni une ni deux, vous serez sanctifié entre toutes les femmes. Et toujours sans tenir compte de mon sexe, lourd à l'occasion, masculin toujours un peu, il a servi sans soucis d'équité, de grossesse, d'économie, deux verres bien inégaux, enfant de salauds ! On a bu sec, puis il a fait glisser sur le zinc un rectangle de papier. Une nouvelle carte d'embarquement.
Allez, filez ! Priez !
Direction la ville la plus sainte, z'avez ma bénédiction ! 

Autre pays, autre rêve 
On était pourtant d'accord. 
Dans les yeux des enfants, partout, les esprits adultes, d'un consensus à peu près contemporain, et au-delà. Des époques lointaines et futures, d'accord : le voyage est un rapport au rêve.
Un rêve sacré, un idéal, un échafaudage qui étaye le songe, ou s'appuie dessus, d'une manière ou l'autre se combine avec...
Pourtant dès l'arrivée il s'est avéré que non, non, non. Ni voyage, ni rapport, ni rêve.



Ici le mantra sera plutôt : sécurité, sécurité, sécurité.
Ici on mettra barrière sur barrière, sur mur, sur contrôle : le temps du rêve est périmé. Qui même ose encore ici bas ? Toi, là-haut ! Toi, ouais ! Stop ! Cesse ! Le voyage te transporte ? Mon pied au cul te transporte ! 
Ici il convient de rester au monde. En vie, au sol, bien sous tous contrôles. Le rêve est affaire d'état, la réalité un bidule normé, bien cadré.

Concrètement ?
A la plage de grands panneaux d'interdiction masquent de modestes vagues. La flaque bleue derrière, l'assemblée éparse des nageurs téméraires : à peine visibles. No swiming !
Sur l'oreiller de l'hôtel on a écrit en gros, en rouge, no dreaming !
Puis il y a un mur, grand comme ça, destiné à arrêter les vents sauvages. C'est rigolo, vraiment. 
Mais le meilleur reste l'aéroport... Ah ! L'aéroport !
Vous rêviez de voyage ? Fin des rêves, interrogatoire de rigueur :
"Vous êtes marié. Oui.
"Vous êtes heureux. Mais.
"Quand êtes vous heureux pourquoi. Je.
"Définissez le bonheur cependant. Enfin.
"Vous avez été en Afrique, vous avez été en Afrique. Vous avez été en Afrique ! Ah.
"Et votre femme, pourquoi.
Mais non, je ne sais pas. Ça fuse, sans sourire. Et malgré l’acuité de votre interrogatoire, le lien entre femme à frique bonheur et égarement, la réalité pour tout dire, cette pauvrette déjà tellement illusoire, devant vous finit de se perdre.

On pratique décidément la connerie humaine ici, comme partout, mieux que nulle part. De contrôle en contrôle, pas moyen d'être, sinon nu. Chaque centimètre est sondé, on voudra savoir qui, quand, quelle motivation, quel miracle ! Faudrait pas risquer de laisser passer le messie, s'il venait à transiter par là, valise en croco, lunettes de soleil, longue barbe - qu'es-ce qu'il prendrait le pauvre !



Et votre femme ?
Comment l'aimez-vous celle-là ?
Mieux mal que les autres ? Et jusque quand ?

Comme j'espère encore les aimer un peu toutes et chacune, je vais pour en aborder une, charmante voisine de bar. Alors mon voisin pousse un cri terrible.
Halte là, malheureux ! Inconscient !
Pas fou, il dit, sache qu'ici la moindre donzelle est entraînée 3 années durant à saisir la couille avec des baguettes, à tuer du premier coup le chien, qui semblerait, paraîtrait juste même, vouloir mordre.
Regarde les dents, qu'il dit, en lui soulevant la babine. Elle pousse alors un grognement sourd, et on admire glacés une triple rangée de canines pointues comme des couteaux. Sans doute de l'acier inox 18/10, grade 316, observe mon toujours serviable, en lâchant prise. Ébranlés jusqu'à l'orgasme, bien calmés, on a replongé gentiment dans la bière, continué nos prières...

A ce retour 
Resanctifié, je suis rentré.
Revenu juste à temps, un 21 septembre. Juste à temps je sais plus de quoi. Juste à temps de quelque chose. Car il y a un temps pour chaque chose, donc forcément une chose pour chaque temps, démonstration bancale, bijection discutable, hérésie mathématique, mais tentons, cependant.
21 septembre ! 21 septembre ! Je crie.
Personne ne se lève. 21 septembre merde à la fin !

Foin de piètreries.
Pour la suite laissez faire, laissez aller. Laissez laisser.
Jusqu'au quand dira-t-on...

___
Et les fenêtres s'ouvrirent cette nuit là,
La sueur d'un dieu en étain
Dégoulinait du plafond,
Et j'étais la à manger une pastèque,
D'un rouge artificiel,
Le jus ruisselait lentement comme des larmes de rouilles,
Et je crachait des pépins,
Et je n'arrêtais pas de me dire
Je suis un idiot
Je suis un idiot
De manger cette pastèque
Mais quoi qu'il en fut
Je continuais à la manger

lundi 12 août 2013

AF225 - 12 août : rêver peut-être

De nulle part, du milieu du rêve, voilà quelque chose, comme une réminiscence...


Ils sont quatre, cinq peut-être, si on compte le serveur.
Cependant un serveur, ça sert un peu, ça ne compte pas vraiment. Alors quatre ou pas vraiment cinq, dans cette boutique bien dépouillée, d'une rue, d'une ville. Comptoir, congélateur format buffet, 4 chaises et la carte des délices. Au menu : du gulfi sous toutes ses formes. Dedans le gulfi : lait, safran, sucre, pistache, parfums, et du froid!, du sévère ! 

Ainsi quatre, peut-être cinq indiens, dans la pièce, dans la ville, dans l'espace onirique : indianisaient. Mangeant indien. Parlant, peut-être. Discutant quelques indianeries primaires ou d'un autre ordre. 
Puis tout bascule. Rien vu venir ! Soudain l'une, indienne toujours, m'épingle en 6 mots - “what do you like about India ?”.
Cette question ! Mais je sais pas ! Alors c'est tout enfermé que je m'enferme mieux mieux, tout empatouillé que je me rapatouille, trébuchant sur la notion mal fagotée, l'amour mal assumé de cette civilisation...

Ne pas être en Inde
Pour démarrer, il faut une bonne chute. Des personnages, du papier blanc, un stylo, n'importe lequel fera l'affaire. Mais, une bonne chute ! 
Pour la chute, une victime, on doit, il faut. 
Puis il convient de se libérer du reste. La douleur, et tout le reste. S'exempter de toute sujétion. Plus d'être au temps, ni d'être aux autres, juste être, être ailleurs.


Ensuite, compter. Le départ est un espace fini.
Un passeport mesure 32 pages.
1, 2, 3, 4, 5, ...Page 31 : fin des tribulations.
Page 32 ultime espace, dernière chance. Là, il est énoncé qu'en dernier recours :
"Les Français désireux de se fixer à l'étranger peuvent également se mettre en rapport avec le ministère des affaires étrangères pour obtenir des renseignements sur leur futur pays d'accueil."

Pour ce visa l'agent au comptoir, rue du Paradis, demande deux pages. Deux pages libres ? En vis-à-vis, s'il vous plaît. Luxe rare. 
Voudra-t-il d'un visa chinois mal décollé ? Il veut pas. 
L'oblitération du dernier espace est comme une formule magique. Désormais il n'y a plus d'ailleurs. Juste l'ici, et le là-bas. L'Inde ou rien. Un espace contrit, réduit au simple vecteur. Et avec ceci, ce sera tout ? Non. Alors filez ! 
Et ceci, c'était les toutes dernières réminiscences 
du dernier jour, du tout dernier voyage, et de la mer.

Au terme de cet ultime se tient Isabelle. Postée comme vestale, Isabelle standing. Une prêtresse un peu cheap, moins charmante, sans les attraits d’antan. 
Elle dit quoi ? Elle dit que pour terminer, il faut choisir : de ce côté rétablir le contrat, le confort, donner suite logique, pass navigo, éternité et cohérence. De l'autre : la porte, l'inconnu, la page trente trois...

Page 33
A la rentrée les gens va, les gens vont, les gens viennent. De partout.
A la rentrée, le plus souvent, les gens rentrent. L'air de rien.
Incroyable comme c'est soudain, sans appel.
Plus rien dans la rue. Portes closes. 

A la rentrée les gens rentrent. C'est pas le 15 août, hein. On sent bien comme une présence. Ils vont bien, les gens, ou mal, c'est selon, on sait pas dire. Mais ils sont rentrés. 



A la rentrée, Paris n'apparaît plus. Littéralement plus. 
De fait, jetée dans un bac de métol, ni gris ni noir qui surgisse, c'est feuille blanche : la ville n'a pas lieu. 
Elle n'est plus une vérité avérée, la ville.
Elle n'est plus rien, Paris, qu'une simple ville. Que la somme de tous nos songes, de tous nos idéaux. Et les souvenirs... Ceux qu'ont fait, ceux qu'on falsifie, ceux qu'un reflet de la mémoire éclaire d'un faisceau si ténu que le doute bientôt s'impose... Le savais-je, l'ai-je su ? Te connaissais-je, nous connossûmes ? 
Quatrième de couverture, ultime page !

Il y a un an, l'année s'offrait. Vierge, sans réserve : vas-y, marche. Avance ! 
Ne reste désormais que le souvenir d'une année. Ca convulse encore un peu. Presque rien.

Tu fermes les yeux, précipites tout à l'obscénité du néant. 
Délit de fuite, multirécidive de la posture hors champ, 
ingénierie du désengagement émotionnel.



Femme de papier entre les pages du Guide
Oh petite, quel écueil !
Petit bout d'os inconséquent, quart de ligne dans la partition du retour, tu concentres toute frustration... Tu incarnes cette ville qui promet et se refuse. Chatoie dans le reflet de l'oeil, mais n'offre rien, pas même ce corps faible et nu. Ce corps si beau, si admirablement souple. Un corps. Entrelacs de nerfs, empire de douleurs potentielles. 
Il faut voir comme chaque reflet de santé éclatante révèle une promesse de peine à venir ! On jurerait que cette jolie articulation un peu saillante déjà grinçouille... Toi et elle coucherez seules, nuits sans repos. Seule la peine. Seuls tous et chacun, quant à la fin les lumières se rallument.

Oh petite, impossible d'exclure que chaque promesse, chaque faux rendez-vous, est une étape de plus de nos quêtes narcissiques. On rigole, on reporte, aha, ravale cette petite indignation. 

A ce retour, suis-je inquiet ?
Je ne suis pas inquiet.
Alors qu'apparaissent des cas d'immunité -on parle rémissions miraculeuses, résistence méli-mélo, étanchéité aux salamalecs- il devient urgent de trouver la parade. De se recombiner.

Rentrée un tantinet dépressivante ?
Réminiscences incongrues ?
Fin d' une ou de l'histoire ?
Changement de cap ou pas cap ?
La guerre aura-t-elle lieu ?

Toi petite, tu m'échappes, et ça et là d'autres comme toi.
Je ne suis pas inquiet. 
Confiant malgré l'incision plus incisive, le verbe moins franc, le regard un peu dessous, comme presque honnête. La faillite est bien là, ainsi qu'une espèce de résolution semi-molle à laisser fuser, prendre mal, échouer bel et bien, bientôt repartir tout claudiquant. Pas inquiet.



Alors quoi ? Restent les mots. Gerbe de mots !
Alors quoi !
Un lundi matin, douze août !
Un lundi matin, écrire.
Un lundi matin moi, ma tronche, ma chemise pas au top mais bon, volons plein ouest : l'Inde c'était bien, l'Inde c'est terminé, pour le moment. Ramenant en trophée un passeport complètement rempli, le dernier tampon dans le dernier coin a scellé son sort au voyageur boulimique. 
Bon pour le rebut. 
Et son maître, idem, même rebut, au coin des sans but, échéance parisienne, sa bière fraîche et ce qu'il lui reste de gens, de jambes, de rires et tout ça.
Rentrons à Paris, tu veux ? Clef dans la serrure, petit ménage, sac lessive re-sac et avion dans la foulée. Petits vols inconséquents, comme ces derniers pas pointillés, à la sortie du stade. 

Alors quoi... 
Ajoutons des mots aux mots, du combustible au foyer, allons, soyons pas bégueules, tant qu'il y a du jouir à le faire, en l'absence de déflagration - tentons !
Il y a encore pléthore de mots, de noms, de notions, et même que, un nouveau carnet pour recevoir le tout, engranger et mélanger comme la fumée les corps dans les holocaustes le long du Gange.
...Pis à la fin on va se poser disait la fin
...Penser écrire, écrire aussi, bander toujours, surtout le corps traumatisé par ces sauts aériens, mais bander vain, bander vilain !
Devenir tout entier cette érection.
Devenir ce que tu es.
Le double, et plus.

Impasse de la sagesse
Comme j'allais passant nonchalamment passant, une vache devant, une vache derrière, quelques chalands tout autour, le sâdhu m'a causé. 
Sachez distinguer un homme d'un autre homme, il a dit. 
Sachez distinguer un homme d'une femme, d'une autre solitude. 
Il faut réciter. D'abord la série du nombre 1. Le froid. 
Ensuite le nombre 1. Jusqu'à la fin. 1, toujours.
Distinguer de l'autre femme. Du chaos alentour. Quand tous se penchent alors nos têtes se touchent. L'espace d'un instant : 1, encore.
Pour finir, continue dans ton dédale. Prends ces formules, va, et perds-toi ! 


Extinction du phare. 
La brume monte, on ne distingue plus si le cœur s'emballe ou tourne au ralenti, les deux à la fois peut-être. Don d'ubiquité du cœur. Il faut s’amarrer pour ce qu'il reste de nuit, fermer les yeux sur nos marées intérieures, laisser travailler leur magnétisme secret, 
up and down, up and down, up and down...
____
Chacun de nous est plusieurs à soi tout seul, est nombreux, est une prolifération de soi-mêmes. C'est pourquoi l'être qui dédaigne l'air ambiant n'est pas le même que celui qui le savoure ou qui en souffre. Il y a des gens d'espèces bien différentes dans la vaste colonie de notre être, qui penses et sentent différemment

mercredi 17 juillet 2013

AF0083 - 17 juillet : retour à l'anormal

Livre rien ! Lâche rien !
Des sentiments bien enfouis, du désir récurrent et polymorphe, de cette pulsion de vie qui à elle seule se fait toi tout entier.
Laisse crépiter dedans, fuser les mots dehors, brûler la sauce dans la casserole urbaine, si c'est cramer qu'il faut. Et pour avoir été vilain, le charbon qu'il reste, on te l'offrira à Noël. C'est noir des idées dans la cavité buccale, salive emplâtrée, que se savoure ce néant gustatif !

Cette nouvelle précession urbaine commence un midi. 
Le zénith. Comme la lumière, la ville crie de violence sèche. 
Tantôt aboyant, resplendissant, débordant, le macadam s'écrase aux pieds. Et il est tout saturée de jolis corps ! De culs ! De désir en tous sens ! A ce retour Paris en effusion est belle comme jamais.


Dans cette ville chacune de vous est plusieurs à soi toute seule.
Chacune de vous est à moi et ne m’appartiendra jamais. 
Appartenir ? A part tenir. Et quoi encore ? 
Encore faudrait-il s'appartenir un petit peu. Mais à rester vannes bien ouvertes sur le monde, on ne se possède même plus. Appertinere ! Quand plus rien ne suffit au gouliafre, que chaque seconde promet, déçoit, bientôt fermente, écrasée dans la mémoire...

Alors non. Faut laisser brûler, bien brûler. Foutre, et alimenter le foutoir. Gérer le cloaque comme à coups de pieds, à coup de fêtes. 
Avec les complices, on tente : une bonne grosse gabegie, musique trop forte et tout Paris au même endroit. Ça marche ? Ça ne marche pas. Le son comme le reste, est parfait : tout est raté !


Le reste : de tout, de rien. 
Jamais comme prévu. 
Jamais comblé, et cependant abattu de fatigue chaque soir. 
Couchers tardifs, nuits trop courtes, le hamac trop gréé prend la ville plein travers, gîte d'enfer. Un reste d'alcool me bout dans le sang, sang déjà bouillu de l'extraordinaire foutoir que composent les parisiens en chaleur.

Le reste : moi ici, toi là. Quelques mots, beaucoup de distance. 
Le reste. Presque rien. Tel une petite série de chiffres à la droite d'une division. 
Le reste ce serait l'histoire d'un mec. Non. L'histoire d'un binôme. Ou mieux, l'histoire d'une rencontre. Ou encore, de ces affaires qu'on mitonne sous une tabatière, toujours mieux sous une tabatière, en écoutant Tommy chantonner au loin sa belle fureur nocturne.
Le mec part, part et repart, disparaît, vanishes, une vraie manie. Un fort poison précipite dans ton cœur.

Je te regarde dans ta vertigineuse course à la jouissance. 
Cœur désaffecté. Mécanique désincarnée du sexe. 
Absence terrifiante de tendresse.
La vie continue, et ses brusques poussées de joie.
Ça vient par les pieds, par la terre, l’escalade vers la plus haute branche. Joie en bandoulière, joie fiévreuse de moineau. Le cœur tourne sur son petit pivot d’acier, bien accroché, irrigué par un flot irrépressible. Vibrants microsillons du cœur.

C'est peut-être dans le dédale des mots, de nos histoires, de nos mémoire, que se cache la clefs des voyages, de notre devenir ?
Ou ailleurs. Qu'importe. Tout ça n'est rien. 
Demain, il fera jour et nous serons vivants. La nuit n'a pas lieu, c'est juste les yeux qu'on ferme. Le reste n'a pas lieu non plus d'ailleurs. Je ferme les yeux. Scintillez dans les ténèbres, ce sera toujours ténébreux ! Le reste est nul et non avenu. De cette non-advention naîtrons les désirs futurs. 
Comment ça marche ? Simple. La glycine va maintenant inhiber vos motoneurones spinaux, on va rester tranquille, oui ? Bientôt le néant onirique. Alors tout ira bien. 



L’écriture court après l’absence la présence le non-advenu l’a-venir
les mots jetés dans l’air s’abattent, se faufilent par les pores de la peau
ne cessent jamais leur travail entre l’ici et le là-bas
défient le monde qui nous heurte blesse bouscule
pétrissent l’informe le difforme puis jettent tout aux orties
écriture qui appelle exige met en demeure en instance en partance...

Drôle de séjour, drôle de circonvolution.
Le départ approche. Le départ attend.
Alice est dans mon lit. Je regarde les étoiles, les étoiles me regardent. Il y en a qui me jettent des éclats furieux. Toute une constellation qui maudit les rencontres, les plaisirs, les lendemains. Il y en a même une qui répète « Pas Alice, MAMAN !, pas Alice », avec un fort accent...


A terme, avec le plein de Jet Alpha et réacteurs full throttle, forcément : l'avion décolle et s'éloigne, vroom toujours... C'est mé-ca-ni-que.
Le temps d'un survol j'ai bien pensé parfois qu'il me recracherait, comme dans les histoires de cachalot. Le pirate en jambe de bois se retrouve sur une île perdue, intact. 
Mais non : bien perdu, jambes de chair et divers continents. 

L’énigme de notre retour elle, reste entière.
On l’a bien cherché.
Cherchons encore ?
Ton idée, ma perception, OK.
Cherchons plus ?
Une énigme, un ticket de loterie, un avion qui décolle,
des moments, et une énergie intacte pour résoudre ça,
hasta la proxima...


 

vendredi 21 juin 2013

AF1535 - 21 juin : Satyagraha

Mais si mais si ! Aussi tangible que soit la réalité. Même si tu crois que non, surtout quand tu crois que non, solide sur tes jambes, deux pieds bien armés dans une bassine de ciment. Un désir, une idée, un coup d'oeil... Souvent un rien suffit, alors l'élan t'emporte. A chacun le sien, et tous une direction distincte. C'est comme ça qu'un jour nos élans nous dispersent...


Un moment tu es là
L'élan de cette soirée avait des échos symphoniques. Il y avait elle, moi et tous les gens, subissant par vague des harmoniques bien léchées. Tous symétriques, les auditeurs face à la scène : écoutent.
Oreille gauche, oreille droite, nez au milieu.
Pied gauche, pied droit, pied beau, pied tordu, pieds partout au sol, poilus, vernis, brillants d'infrasons.

Et puis les mains. Les cinq doigts de ce côté-ci allaient, venaient, se baladaient sur sa cuisse à la frange du bas, là où la peau de synthèse cède au corps entier, là où tout vibre comme au plus intime. 
Un coup d'oeil à l'autre main, cette main sans cuisse sans bas sans rien. «T'es un peu de moi quand même», je lui fais, histoire d'être sympa. «Ouais» rétorque-t-elle. «Même que je suis l'authentique, ce qu'il reste de toi sans artifices»... Alors son index déplié a pointé Mark Rosenthal, qu'est là, juste au centre de la scène et chante, s'indigne, se révolte. Ainsi pointé, l'homme, l'objet, l'idée de ma conviction prennent la forme, la force du ténor.
Emporté par l'élan je ferme les yeux. Silence.

Un moment tu es partie
Yeux fermés, tu t'abandonnes. Je t'abandonne. Tous s'abandonnent. Tout cesse, même la musique, même la foule, très vite la foule.

Quant il n'y a plus rien, s'il n'y a plus rien, on retourner à la surface inhaler voir, brûler dans la ville quelques gaz d'échappement. Retrouver l'a-confort des amours parcellaires, s'en jeter une ou l'autre, aimer toujours autant, repartir.


Quant il n'y a plus rien une fois encore, une dernière fois, on aime mieux, on aime plus fort. La dernière fois c'est bien, c'est mieux, tout le monde le dit ! Mais la dernière fois...
Tarée d'ultimité elle est toute décélération, finalité, porteuse d'une dramaturgie outrancière. Qui, après Beethoven, sait bien lancer un dernier mouvement ? Pas moi. Au dernier coup de queue, il sera : zéro heure, zéro zéro !
Cette dernière fois, toute dernière fois : c'est de la merde. Allons, abandonne-toi à ce néant excrémentiel.

Puis rouvrant les yeux lorsque que Mark attaque un «tu-mu-no-bu-dhir / yo mud-bhuk-tuh, su ma pri-yuh», je jurerais voir ses lèvres former d'autres mots. Un truc comme : «Fais-moi un enfant, mon cœur !». Il répète. Un enfant. Un enfant ? Un enfant !
Formidable ! Et ses yeux circonflexes marquent le point d'exclamation. Merde ! Si tout le monde s'y met !
Alors tentant un regard vers la salle on devine foule obscure, pénombre. L'oeil s'habitue et fouille : il y a là des allemands, plusieurs centaines d'allemands, et une voisine. Yeux clos, respiration tranquille, tous dorment ou ronflent ou les deux, sans vergogne, depuis l’introït sans doute, éjectés dans les limbes sans rémission par l'élan du jeu de notes.
Comme l'oeil retourne sur scène, plus personne n'est à son jeu. On a avancé une table où Gandhi bat les cartes. Distribue à Tolstoi, puis au chef d'orchestre, souriant «un petit pocker sans enjeu», cigarette au coin du bec.



Plus du tout là
Au dehors la lumière était baroque.
Il faisait un jour pas comme les autres.
Vous je ne sais pas, moi je ne sais pas, mais presque pas comme les autres, c'est certain. Comme une lumière pâle d'hiver. Un peu fraîche, assez vive. Un peu partout dans l'air dans l'oeil, l'empreinte du sommeil. Goût d'un oreiller serré sur le vide. Obsession d'une icône, yeux encore brûlants de milles images ingurgitées dans le désordre parmi trois cent chaînes, imaginez !

Après l'oeil emporté, trop emportée, ma main quitte ce qu'il reste de fémur glacial alors tout se déplace d'un tenant au sous sol de Reinickendorfer StraBe. Là ce n'est que chaleur sueur et cris. Éléonore trempée, sensuelle, tempête au microphone d'autres paroles sacrées : «The blushing rose will climb / Spring ahead or fall behind / Winter dreams the same dream / Every time». Batterie et basse en soutient, des vibrations comme ça, quelques survivants de l'opéra tournoient en demi-transe.

- Alors tu as erré gare Saint-Lazare, boulevard de l'Opéra, église Saint-Roch. Pris le pont Royal. Parcouru le VIème.
- Oui. Oui. Oui !
- Pris un bus pour Orly ouest.
- Oui !
- Et tu es reparti, sans cesse, sans remords.
- Bin...

Car ce n'était qu'un retour, un rebond, un temps d'inhalation, uuuuuuuuuhf !



A terme la télé les voyages l'ignorance et le système respiratoire te laissent vacant, tout épuisé de désir.
Ou plutôt : vidé, tout désir épuisé. Rendu à zéro, alors il faut chercher une nouvelle cosmogonie, s'inventer des étoiles, un but, un vecteur.

Les nouveaux dieux
On peut se rêver cent fois, se réinventer un talent, rejouer ses guerres, défaire ses défaites, on n'en continue pas moins d'être, heureusement. Malheureusement. Être au présent, chance originelle.
Au terme de cette bagarre de chacun contre tous, le monde se verra offrir mille années de paix absolue. Alors tous voyagerons. Il n'y aura de sédentaires que morts. Le mot hôtel signifiera "maison". La moitié des vivants sera constamment envolée ; l'autre tout juste atterrie ira traînant, se ravitaillant, en long et large des duty free d'aéroport.
Raffinement ultime, certains plus fortunés continueront post mortem à s'envoyer en l'air. Tu verras arriver le voisin de la 15-F porté par trois hôtesses, bien momifié, tout sec. Calme et rab' de plateau repas assurés !
A la marge de cet idéal fait monde camperont quelques réfugiés, survivants des crashs devenus quotidiens. Rares éclopés au sein de notre foule parfaite, allergiques à la saveur du Jet A1, ces rescapés sont notre honte, tristes vestiges terriens...

vendredi 24 mai 2013

AFR111 - 24 mai : retour avide, cavitation

A cette occurrence le potentiel était tel, telle l'impatience de réussir, si forte la conviction que pour travailler il suffit de travailler, pour réussir réussir, pour jouir vivre, … 
On allait pour changer de vie.
Reprendre pied et longue foulée.
Tout comme avant et mieux qu'avant. Tout plus grand la femme l'homme, la verge le plaisir. C'était fort, c'était l'dernier, j'étais avide j'attendais boum, mais ce fut flop. Cavitation ! 

Paris, ce retour ce retour
il vibre en moi très fort, 
sape les mots, brise la dynamique !


J'ai ramené d'Asie ce porte-malheur très puissant, qui donne aux rails des courbes bien vilaines, déraille le plus vaillant des trains. alors qu'un nouveau convoi s'ébranle, tout vibre craque et tremble, l'alerte survient, je sais la menace comme un murmure. Le murmure. Le murmure assourdissant et permanent.

Comme un bruit parasite à l’intérieur qui t’épuise,
Qui te répète « t’es comme ça, ou tu devrais, ça changerait rien si tu changeais».

D'abord léger mouvement de fond, vibration imperceptible.
Le voilà maintenant qui gueule. Assourdissant. Permanent.
La peur survient, que voici, servie chaude, pleine et entière. J'ai peur.

Le temps n'y peut mais. Il continue. Il approche. Le temps approche pour une cérémonie dûment préparée. Ce porte malheur doit crever dans les flammes avec craintes et doutes, tout ce drôle de foutoir. On brûlerait ça, un lundi soir. Alors si la maison ne brûle pas avec, c'est gagné ! 
Tu t'y connais en incendie ? En incident ? En vie ? En envie ?

D'abord craquer l'allumette. 
Non, d'abord regarder la ville, la lumière, les jambes libres et dire : voilà. Je suis rentré en gare centrale, fin des tribulations, quelle est la suite ?
Beaucoup de suites. Beaucoup de questions. Trop de questions ! 
Trop d'énergie et pas assez d'humour : c'est pas une recette à servir souvent. 



Ce retour. ce retour vibre si fort !
L'instant était-il si fragile ?
Il n’était pas fragile.

Pétri de doute à m'en ronger les sangs, je me retourne bien 3 fois, allez, 4 !
Draps froissés, lit en guerre, les oreillers suintent de larmes et c'est déjà le jour alors je retombe sur tes mots, les mots, tous ces mots partout dans la ville, les miens les leurs et tous les autres, tous ces mots dans les livres, et ces mots et ces mails, tonnerre !
Exactement ça. Changer. Arrêter. Repartir.

Ce retour vibre. 
Il vibre en moi comme un canon, je tremble de tous les côtés, le sabbat est plié, où est la fête, plus de fête, quelle est la suite, plus de suite ! Personne ne sait, tout le monde fait semblant, personne ne te dira ! Voilà le vrai voyage, mon idéal aimé et tant craint : un blizzard flou, la ville, une tempête d'inconnues, juste ce qu'il faut pour le malaise, et un peu plus, et un trop plus.

D'un dernier sursaut, je tente. Se travestir. 
Voilà Sylvain Brunet. Bile désincarnée du grand crémateur. Ultime vibration de son pan d'encéphale condamné par l'échec. Dernier sursaut de sa verge juste repue dans le grand foutoir d'après.
Voilà, je vous appelle pour mendier un dernier tarif, une ultime information, clore débat, fermer boutique. Après, on me dissout. Après, je m'arrête d'être : place au début de la suite.



Beaucoup d'amertume dans cette dernière gorgée de café, mais aussi un grand soulagement : le porte-malheur aura tout emporté. Il doit agir sur tout, sur toi aussi, surtout sur toi, car tout ce que le Sully a de bon, est bon.

Les cendres de mon porte malheur, ce Haiku, le kit de prière, la vidéo, un dernier jus, un texte, une ultime rédemption, la biochimie des cerveaux déconnants, la ville, cette ville, notre ville, et tes jambes et ce lit, je regarde ce que la vie nous lègue, nos sexes brûlants, nos corps pantelants, cette fin est un nouveau début, chacune des lettres de tes mots et de ceux que tu cites sont les pointillés d'une frontière très claire, au-delà de laquelle ni bille ni verge ni vibration, pas de Sylvain, pas de Brunet, préserver la pureté comme le blanc immaculé d'une crème glacée, qu'on lèche, tout juste, à peine, qu'on baise, doucement, du bout des lèvres.

La suite : grand grand mieux, pire pire pire. Un bar où on boirait. Des jours longs, des courts. Des mots affûtés comme des poignards. Une ligne rouge de sauvegarde, des balades, la ville.



Puis encore un tour. Toujours un retour...
Tout ce qu'on avait cru un jour, alors résolument décidé, il faut en faire un paquet qu'on aura oublié là. 
Beaucoup de temps a passé. Des cortèges véhéments, aussi. Des chiffres au cadran, des nuits, des humeurs, plein de trucs, belles et bons. 
Comme tu titubes, tâtonnant ta route à travers la fin de ce temps mort, revoilà ce paquet. Plein de cendre et poussière. Volonté et passion, si ténues et fragiles, sont séchées et perdues ; seules restent les idées pures. 
A l'heure du dernier retour on calerait tout ce bordel sous un caillou percé, quelques kilo d'explosifs : et pan !

Voilà que, durablement ému
durablement troublé 
durablement perdu
la vie reprend.

lundi 29 avril 2013

Covoiturage, TGV6622 - 29 avril : si jamais


Certains voyages s'achèvent au retour. Modèles standards. 
D’autres peinent à trouver un final. On en a vu des douzaines comme ça ! Même que c’est parfois bon signe. Mais sans méchanceté excessive, on doit  pouvoir statuer que ce retour là est vraiment : foiru, fouté, pire que le pire, mieux raté qu’une séance detorty déraillée.
Voilà qu’il n'en finit plus d’interminer, poussif en diable. 

Et pourtant ? Pourtant c’est le grand retour. Le presque dernier. 
Cependant pas besoin de trop de discernement pour distinguer que les passants derrière la vitrine du café sont chinois en diable. Et dès la première gorgée ce gobelet d’américano se révèle mauvais comme une trique. Puis d’un coup d’oeil cet immense gratte-ciel, là, avoue n’avoir jamais poussé à Paris. 
Ahah! Voilà que je me suis pris le doigts dans un tunnel codé SSH. Ou j’aurais glissé sur une peau de banane spatio-temporelle. Saloperies d’OGM 2.0 ! 

A quoi ça ressemble ? 
Petites relances. Retentissantes conclusions. Le retour convulse toujours, ou repose d'un calme précaire, encore plus inquiétant. 
Ce doit être le choix de ces transports trop terrestres. Ou quelque défaillance aux contrôles de sécurité. Ici le retour d'Inde, et là le retour d'Inde, et toujours et encore des échos, répercussions... Soudain la Chine. Comme la passion qu’on décréterait ét(r)einte, l’incendie couve à grandes flammes. Jusqu’à l’abri de la nuit se trouve menacé, rongé à la marge, alors, plus rien, il faut dé-titulariser ce retour ! 

Dans des bars des rues des chambres 
ici et là variant altitude, paysage, compagnie 
baisant, baiserons, ne baiseraient plus qu’en collusion d’imaginaire. 
Établie cette vérité du fondement il y eu quelques secousses de bon modèle, plaisirs échancrés en enfilade, gémissements. C'était encore bon. 
Puis on mit l'amour dans une caisse en bois. Secoué à peine. Alors c'était vilain. 
A l'épreuve du principe de réalité, la baise brisa; passé présent futur : annihilés. Paris perdue, pari perdu, rangé sous la couette, le maquillage et les larmes essuyées sur l'oreiller. 
C'était fini. C'est fini. Passé. 

Alors chacun a remis sa petite culotte, son caleçon, puis assis on attendait l’énoncé du verdict. 

"A la question regrettez-vous votre retour vers la garce, le tribunal répond non à l'unanimité 

"A la question oh oui encore, le tribunal répond non, ça va bien, le charme est déclaré soluble, vous pouvez tirer la bonde et vider la baignoire, encore merci. 

Abasourdis on assiste à la vidange, puis plus rien. 
Chacun rentre chez soi se préparer un petit frichti. 
C'était un moment dans la vie des hommes de sexes opposés. Une tranche en suspens, regardez bien, regardez bien, si fine, c'est rare ! Je m'éloigne les poings dans les poches. Un peu étrange. Voilà qu'un cri résonne, venant d'une rue déjà lointaine. 

"JE SUIS LIBRE !" 

samedi 6 avril 2013

AF0191 - 6 avril : cette exquise confusion



La perfection ? L'échec de vivre. 
Vivre sans mémoire, sans passé, sans futur. Mais vivre!

Un jour, vivre le retour. Ce petit rien.
Merci pour ce petit rien, qu'est tant, qu'est beaucoup.
Cette tranche de vie, aussi mince et fraîche, qui me laisse rasé, hagard, intensément excité. Et béni. Mais ça, ce n'était qu'une formalité d'usage, d'humour et d'amitié, le genre de rapport qui ne nous préoccupe que lorsque la vacuité de nos estomacs dépasse le poids de nos échecs... 


Et l'échec, avant retour, se déclinait dans le détail. En protocole. 
Appliqué à la lettre, c'était un fiasco sans aucune chance de rater.

Épelant : e-c-h-e-c, j'imaginais les cinq pétales de la passion, soigneusement découpées, comme tout ce que j'avais produit avec tant de soin, jetées avec les fruits puants de mon travail. Il fallut ravaler son orgueil, se couvrir de cendres. Se pendre. Pouvait-on rêver mieux rater ? Tout défiant du protocole, j'ai réclamé, espéré, supplié le retour.

Mais digère digère, demain sera toujours un autre protocole. 
Il se fait tard pour comprendre que les protocoles du quotidien sont des fuites. Mieux valent les claques qui à la longue ne marquent pas, voire renforcent. Mieux valent les pieds au cul qui à terme déforment le pied et musclent le fessier. 



La réalité cependant reste garce bien pragmatique.
Il suffit qu’elle pense un truc, ou pense le vouloir tout juste, et voilà que ça y est : le fait, pour peu qu’on se donne la peine de le constater, est avéré. Vachement forte, la réalité, en vrai. Bien qu'elle s’emmerde, en réalité. Interdiction lui est faite de se conjuguer, sinon au présent. L’ennui total.
Que fera-t-on demain?, se demande-t-elle jamais. Demain c’est l’instant qui vient. C’est peut-être le jour où je conjuguerai enfin l’être au présent, cessant derechef la projection, la fuite.

Ceusses qui me connaissent moquent ce travers marqué. Réalité ! Donnez-moi un cadre, que je m’en défasse. A l’opposé ! Au moins au quart d’opposé ! Un peu en retard ! Quelque chose doit décaler pour mon confort, pour la blague, pour rester en vie, pour je ne sais pas quoi. Que la pluie arrive ? Quelque chose se passe. Hypothèse. Espoir. Déception. Mais espoir, tout de même. 



L'espoir que sans doute oui. Ou peut-être que non. Bien futé celui qui sait. 
Tant pis pour lui d'ailleurs, qu’il soit exhaucé, condamné à la vérité contre tous, la pire vérité qui soit, le châtiment de l’inutile Cassandre. Bien du courage. Profite d’avoir tort dans ton époque ! Pendant qu’on vit ! Qu’on boit ! Qu’on vaque sans soucis d’absolu... 

Alors à ce retour, c'était : oui.
Et vraiment fut, au sens du verbe, être, entièrement et complètement être, et très vite n'être plus, cesser plus et mieux encore. Ce fut tranché si vif ! Mais que rien de l'avoir été, du peut-être et quand bien même, rien de ce qu'avait été notre présent ne resta dans la trame. Tout juste une série de fabuleux coïts, de belles étreintes, l'affection raide comme ça.
Le retour... Dans la confusion qui suivit, chacun de mes membres voulait donner sa conviction impossible d'être en paix. C'était la tête en lutte avec le sexe, le foie qui se rebiffe, les muscles qui tressaillent et tout le toutim. Furieux bordel.



A ce retour retrouver la gare aérienne, ce corridor de l'oubli où le voyage se dissout. Ici se joignent et confondent tous les fils de tous les voyages en noeud inextricable. Sur les visages hagards des passagers de Bogota, Pékin, Johannesburg, Abuja, Dakar, Atlanta, Malabo, le même atterrement qu'Icare au contact. Voilà comment ça finit toujours. On a feint de l'oublier le temps d'un saut, mais revoilà que : boum. Le sol. Encore ? Boum. Encore ? ... Toujours !
Alors qu'on est tous là, cherchant à se rappeler d'où l'on vient, où diable on avait disparu, un petit indice suppléé à la confusion du souvenir. L'Inde a cette odeur torrentielle qui occupe les tissus et les tripes bien après avoir disparu. Subtile fruité des fleurs de la montagne, violence ammoniaque des urinoirs du dernier bar, odeur de bois putréfié de ses fosses d'aisance, pregnantes poussières que lève la pluie... Et toutes ces épices éclatantes de plats gobés assis par terre, à pleine main.

Très bientôt le conditionnement reprend.
Je pense qui quoi quand. L'esprit recadre. Paris approche.
Dans la ville, tout ce qu'on voudra en faire. Dans l'indifférence d'une foule reprendre pied. Qui quoi quand, rejoue sa mélodie. C'est bientôt chaque jour comme un siècle, la réalité victorieuse...


Si l'homme n'a pas un but quelconque, si la vie est quelque chose d'autre, d'entièrement différent, si la vie se réduit au problème d’être, pendant une longue durée continue qui forme un tout, ce qu'il a de mieux à faire, alors, est de se rasseoir et d’être; et quoi qu'il arrive, il est. Quoi que l'homme dise ou fasse, le fait qu'il soit demeure inchangé.

mardi 5 mars 2013

AF0525 - 5 mars : impermanence du départ

Pendant qu'on s'en fout les demains approchent d'aujourd'hui. Il y a des livres qu'on lit des choses qu'on vit qui deviennent hier mais gardent cette permanence intemporelle, petite richesse, tu sais de quoi je parle. Ou si tu sais pas, tu sais quand même, je te montrerai.

Mimi.
Mi mi. Migraine. A en crever. Comme un étau le fauteuil se replie sur mon crâne, les yeux viennent à saigner, la raison divague. 
L’enfer d’être malade en avion...
Sans doute empoisonné par une médecine façon professeur Tournesol je me tords dans le siège, m'éponge dans la couverture Air France. Suant champagne et nourriture trop riche, m'éveille soudain en criant "terre, terre!", alors c'est l’opprobre. Regards sombres. Ambiance glacée dans la cabine. Il faudra filer coi pour le restant du vol. 
Sinon, le reste : tout très bien. La nourriture, le service, le sourire, encore une larme?, oui merci, mais alors juste une. Mais même cet excellent whisky, notre Loc Lomond favori... Rien n'y fait. C’est le virus qui gagne !



A ceusses là, tous les malades, allergiques au Jet 0, compagnons d’infortune, je dirai : alignez-vous sur la 01, désespoir autorisé ! 
Cette mutation lente qui sévit chez l’animal aérien c’est rien de pire que ce qu’on constate dans les bocaux de la mariposerilla du jardin botanico de Medellin. Un cocon de douleur pour mériter ses propres ailes. De fait, à l’arrivé, quand la couverture maculée de sueur, de pus et de sang a glissé, ce qu’il restait là n’avait rien de moi. On aurait dit, autre chose. Parole de stew, le petit de la 12 Charlie a une tête étrange. 
Nous espérons que vous avez subit un bon voyage et passé une bonne mue. Heureuse transformation si vous êtes en transit... 

Une fois rentré, jaugeant les cinq étages qu’offre mon nid pour un vol inaugural, j’ai préféré finir au lit, m’y parachever. Pour perdre le reste de forces, ma quiche et un lupanar, quelques gorgées ardentes et la promesse d’un vol prochain, pas immédiat mais presque instantané, comme mirage à l’horizon de tous les lendemains. 
Au bilan. Un bon coït. Une bonne couche (solitaire). Rêves d’avions. Toujours d’avions. Et de cul, beaucoup de cul. Toux incessante, j’expectore les arêtes du voyage. 
Ainsi une semaine. Sept jours à se promettre de se jurer, au futur proche, au lendemain. Un tour d’agenda à se tromper en silence, à procrastiner les fondamentaux de la ville, traîner seul, re-seul, toujours seul et encore. Un temps mort pour se sécher les ailes, le temps d’oublier les lèvres à Mimi, son regard tellement vrai et les promesses de retour. 

J’avais attrapé sa bouche, sa langue, on s’était regardé avec le parternel, incertains du diagnostic. Certainement superbe, tirant vers cyclothymie, bipolarité, hystérie ? Elle disait «j’aime les bébés», mais c’était déjà plus par espièglerie. C’était comme ce tournant du film de ta vie où tu sais plus quel est ton rôle, ton plaisir, alors tu assistes, hagard, au déroulé du scénario de ce jour.

Comme on éponge le front du boxeur après le gong, celui du malade exsangue, comme on fait à tous ces champions, je m’essuie un coup, tire la chasse... 
Effacé le tableau, le numéro, tout, reprends place dans mon fauteuil et boucle la ceinture. On ne sait jamais. Où en était le film ?
Tout ça pour ne rien dire.
Pour un jour ou l'autre revenir repartir, te croiser te trahir, mais te prévenir avant, je veux, je voudrais... Rien que tout ça, et plein de trucs comme ça.

lundi 25 février 2013

IB6586 & AF1901 - 25 février : t'es dans quelle galaxie man ?

J’imagine qu’on continue ainsi. 
Je ferme les yeux. Puis elle jouit. 
Deux ans de privations et un peu de doigté - tout autre dénouement aurait semblé coquasse. Félicité donc, et fin de partie.


Mais l’instant d’après, les yeux ouverts, la réalité est plus prosaïque. Elle dit d’abord non, non, non, comme on dit oui, souvent. Puis NON et NON, comme on dit non, ce me semble. Passé le doute et le douzième coup de nonisme, j’interromps mon ouvrage : whatn’t the fuck ? 
C’est que l’année s’applique à rester frustrante. Pour un peu il faudrait filer illico, le pantalon sur les chevilles, ce petit embryon de chien -Napoleon!- me coursant jusqu’à la porte en me mordant les boules ! 
Donc non. T’as compris. Tu remballes plus que tu n’avais sorti, savoures la blague et salues les quinze madones posées sur la tablette à côté du lit. Bande de vierges ! De dépit j’envoie mon téléphone, cet indispensable inutile, rejoindre le sombrero à Mexico, et disparais sans chercher à comprendre.


Alors la propension à disparaître serait un de ces machins inventés dès le départ, dès demain matin. Pour le moment chacun ignore sa définition et son usage. 
Tu sais, toi ? 
Tu parles, tu parles, mais tu sais pas. 
On parle on parle, on aboie, on rote, le contenu de la bouteille fait «pouf», puis un discret «...» : disparition. Tout part de là.
Ainsi bientôt, en fermant les yeux. Non ! Bientôt en gardant les yeux, on verra : plus rien ! Pas même la disparition ! Juste rien que du gris sur fond gris, avec un léger feulement, ou bien non, à peine un son vague et invarié, neutre et bientôt : rien. Le nul absolu.

J’y avais d’abord passé un orteil, puis un autre, dans cet espace gris à somme nulle. Puis rien. Étrange vide étrange. Rien que la planche, pis le vide. La peur, un frisson. Angoisse de la première journée de néant. 
Ensuite ce furent un pied, un bras, le tronc et, pour finir, le soi tout entier.
Le vide est magique. Le vide est décevant. Mais le vide est intègre.



C’est devenu une spécialité. Un but en moi. 
La planche, le mur, désormais tout alentour n’est que vide. Fil des pensées, registre des appels, rien ! Un téléphone ? Pas de téléphone. La peur seule doit être tombée dans cette affaire. J’avançais d’abord prudemment, mal assuré, mais c’est plutôt sympa, en fait. Doux comme ça. Je vous inviterais tous si je savais, si je pouvais. C’est là... juste à côté du monde, à côté de la vie. 

Mais alors c’était quoi ? 
Des vacances, la vacance, una 'estancia' : différentes
une semaine achevée à être, manger, boire, marcher, regarder 
une cité comme toute autre, un peu ratée pas mieux qu'une autre, un peu dangereuse, pas pire qu'une autre
un livre qui ne se laisse pas lire mais pas abandonner, non plus
une garce qui me résiste et je souffle, et elle résiste, je peine je souffle, je vaincrai le verbe vaincra, salaud de verbe, salope de garce
garces partout dans le pays où la femme doit être incarnée, féminité exubérante, seins comme des bombes dans les yeux des hommes, maquillage outrancier, corsage transparent, tout cela et l'absence de tout cela.


Tout cela va et vient. Et on continue : sans dire.
Plus un mot, que le suivant. Les mots comme les secondes se suivent et se suivront, ne révélant que le passage de la pensée. Il leur manque l'action, même si parfois, ça claque. Sinon rien que de très normal : ils naissent vivent et meurent, restent parfois et s'étiolent souvent. C'est pourquoi il va sans dire. 
Le sandirrisime sera notre nouvel étendant. Quelques pets tout au plus. Un grand silence. 
On laisserait les mots faire leur lit, les idées leur chemin, mais à coup d’œil et petits écarts formerions le réseau de canaux de la fraîche circulation. Les Hollandais s'y sont essayés avec plus ou moins de succès, amsterdamisant ou djakartisant le monde suivant le talent la chance et tous ces trucs qu'on a eu, qu'on a pour nous et que personne n'enlève par pudeur de découvrir le divin. 
Dans la fraîcheur lacustres de nos vies laisserons aller, partons à la dérive, ce ne sont plus les mots sinon leur profusion, la limite du plan infini et les cycles du soleil. Il n'y a rien d'autre, sinon tout le reste. 

Dors donc, rêve beaucoup.
C’est tout un monde de rêves !

jeudi 17 janvier 2013

AF0439 - 17 janvier : faut-elle donc qu’il parte

 

Encore, toujours et sans surprise, ce retour comme tout autre est le préambule d'un nouveau tour. Tout comme une claque du plat ou du revers reste une claque, Paris se garce et te laisse tout confus, tête tournante sur le banc de la salle de danse. Les ors du plafond filent en cercle, se fondent et dessinent un immense marteau précieux. Étourdi, titubant, fuir ce géant, pour n’importe où, pour ailleurs...

Encore et toujours permanente, la ville est bonne et heureuse. Fraîche comme un non merci. Dans son sourire imperturbable se cache la raison de continuer. Notre raison d’être. Même dans le manque et la frustration... 
Reprenant trois fois ces phrases d’une bouche patex, je tâche d’exposer tout ça au tavernier. Il baille discrètement. De son côté mon voisin rote bien fort, en conclusion d’un autre monologue perdu dans les vapeurs. Le bar est désormais résolument vide.



Ici Paris... La solitude et quelques bières. 
Un comptoir (vrai de vrai en étain, des ateliers de Puteaux) et tous les autres. 
Rendu au monde, atterri bel et bien, séant posé sur un tabouret rutilant, et ce quelque chose qui cloche. Il y a ce dernier bout du parcours où l’on s’est perdu avec tant de vigueur... Je cherche à qualifier l’incommodité de cette transition. Douleur au derche de l'homme assis ? Tête gonflée ? Tout l'organisme intoxiqué d'alcools variés ? 

C’est pourtant simple.
A ce retour, pas de retour. Un fichu détail prive le plan parisien de son assise. Je pense : froid, asexualité, erreur de syntaxe, longueur d’un ongle ou quelque mauvaise conjonction. Quoiqu’il en soit le temps hoquette, les listes restent vierges et moi : parfaitement stupide, torturé de désirs érotiques. 
Rien, décidément, rien qui prenne forme que cette tension du bas-ventre ! Des fantasmes et rêves ferions un gros paquet pour la poste restante, adressé en 2014. 
De fait, ce retour commence par une séparation. Tout bien bu payé filé, quand le bus volant est finalement devenu tangible, le panama est resté là. Sur cette table de cantina anonyme, un chapeau, et tout l'écheveau des idées avec - les fraîches, les surannées, ces oubliées qu'étaient presque bonnes. Toutes ! 



On soupçonne mal.
Il faut imaginer l'enchevêtrement des liens entre chapeau et pensées que valent usage excessif, chaleur et graisse du poil. Au dubitatif il suffit de garder tête couverte toute une nuit, pour voir. Lui tout froissé, les idées en boîte, pire que jamais, on se réveille sans avoir délié l'ensemble, laisser vaquer le grand oubli dans les avenues de nos méninges. 
Tout comme le plus puissant toxique. 
Aussi mauvais que la meilleure drogue.
Le chapeau seul vaut plus qeutchi. Quant aux idées isolées : itou. Ce ne sont que bouts de puzzle échappés de la boîte, vains courants d'air, et ça se voit. L’œil est pâle, moins vif.
On voudrait la vérité. L’absolution. Une autre bière ! 

C’est ton plus beau
ton coeur platonique écrit une langue qu’il me plaît de comprendre

Alors au jeu des équilibres, c’est chute libre.
Tous les pions, mats d'un coup.
La quiche triomphante étale un sourire, putain de denture ! 
Déroulant son ouverture pour l’année, elle propose de mettre en balance ce billet contre notre prochaine transaction sexuelle. 
C’est pas la gaule qui menace. Je fais un ‘ouais’ d'usage et visualise le déroulé de mots grossiers qui irait si bien avec cette étreinte, nécessairement violente. 



Plus loin, le compagnon d’un soir lâche des bordées de «Raconte, raconte !». Mes préférés. 
Comme il insiste je m'essaie au récit de vacances, lieux, paysages, buttant à chaque traverse. Bientôt le récit dé-corrèle, ressemblant de mieux en mieux aux balbutiements baveux qu'on entendrait au chevet de grand-père.
Grand-père en agonie.
Grand-père sur son bateau.
Grand-père jamais vu, jamais connu.
Pour conclure, je tente un convainquant : «je suis le grand-père !» 
Pas égaré pour autant, il insiste. «Reprends. Raconte.» Cet animal rare ne pratique pas la dilution lexicale, il tient bon, ne lâche rien. 
En dernier recours je lui balance Milton. Un personnage ce Milton, vaporeux dans la distance, et cependant toujours prégnant. C’était un fou, c’était un film. Il conduisait à toute blinde, expliquant à grands gestes des deux mains, visage tourné vers l’arrière, la magnificence de sa pensée. Un concert d'avertisseurs couronnait sa pauvre dialectique. No es verdad ? 
Folie, calvitie, voiture et gras du bide dans un mariage à cent à l’heure. En aplat éventuel sur le tableau de bord en résine noire cirée. Soudain muet, je m'applique à lui chercher une fin qui convienne, quelque dernier gargouillis, l'épitaphe. Rien ne vient. L'auditoire trépigne...

Mais voilà, c’est samedi, un autre samedi. Il fait chaud ou froid c’est selon, on mange on boit on rencontre, on assume sa gueule de bois, c’est selon, on prend le bateau sur le fleuve,
tout est possible
jusqu'à la fin, tout est possible.